Extrait de cet article : post publié sur Motorsport.com
Ensemble, ils ont écrit une page d’histoire cette saison. Ce championnat n’a pas seulement été celui du retour de Marc Márquez au sommet du MotoGP, celui d’un neuvième titre mondial qui en fait l’égal de Valentino Rossi. Il a aussi créé l’événement en plaçant deux frères aux deux premières places du classement général, grâce aux progrès également accomplis par Álex Márquez sur la Ducati satellite du team Gresini.
Sa victoire personnelle au championnat a donné lieu pour Marc Márquez à ce qu’il décrit comme une “explosion d’émotions” lors du GP du Japon, et pour cause, elle venait acter le tour de force qu’aura été son comeback “après tout ce [qu’il a] construit pendant ces quatre années de calvaire”. Mais l’Espagnol sait aussi que cette supériorité écrite à deux est véritablement “un accomplissement historique” et cela donne une couleur différente à ce couronnement.
Lors d’une conférence donnée à Madrid le mois dernier, le #93 peinait à choisir ce qu’il allait le plus retenir entre son nouveau sacre et ce doublé aussi inattendu qu’historique avec son frère. Son cœur de grand frère a toutefois vite tranché : “C’est difficile de choisir entre l’un ou l’autre… C’est difficile, mais je dirais mon frère, parce que ça n’est jamais arrivé dans l’histoire de la moto. On l’a vu dans d’autres sports, mais il est peu probable de revoir deux frères dans la catégorie reine de la moto être au sommet de leur carrière la même année, faire un doublé et partager autant de podiums.”
Marc sur la Ducati officielle et Álex sur la GP24 aux couleurs de Gresini ont d’emblée donné le ton en enchaînant les doublés. En Thaïlande, en Argentine et jusqu’à la chute de l’aîné dans la course principale du Texas, leurs adversaires ne pouvaient prétendre, au mieux, qu’à la troisième place. Passé ce faux-pas à Austin, ils ont continué à multiplier les trophées, obtenant au total six doublés en GP et 11 en sprint, série qui ne s’est interrompue qu’en Allemagne.

Une année de fête pour les Márquez !
Photo de : David Ramirez / Soccrates / Getty Images
Gagner à deux a été une fête, mais il a aussi fallu gérer cette concurrence nouvelle, et c’est l’aîné qui a pris les devants pour mettre les choses au clair. “Dès la Thaïlande, j’ai compris qu’Álex serait super rapide toute la saison. Quand j’étais sur la moto, je réfléchissais : ‘Où est-ce que je peux le dépasser ? Je ne veux pas faire d’erreur…’ Et quand je suis arrivé à la maison, je me suis dit qu’on ne pouvait pas se battre comme ça”, a expliqué Marc Márquez dans une interview pour le site officiel du MotoGP.
“Alors je l’ai fait asseoir et je lui ai dit : ‘On est frères, on a beaucoup de respect l’un pour l’autre, mais c’est de la course. Alors s’il se passe quelque chose – car ça peut arriver, on peut perdre l’avant en dépassant un autre pilote – on est frères, et demain sera un autre jour. Est-ce que tu es d’accord ?’.” Et Marc de mimer leur poignée de main, scellant cet accord entre eux.
“On avait deux options. Se battre et créer de la tension entre Álex et moi, ou être plus proches que jamais. Et on a choisi tous les deux d’être plus proches que jamais. Mais ça n’est pas quelque chose dont on a parlé, c’était un feeling. On s’est aidés mutuellement, je l’ai aidé et il m’a aidé cette année, et on a fait quelque chose d’incroyable dans l’histoire du MotoGP.”
Un moteur pour retrouver la forme
Avant d’en arriver à ce ballet synchronisé au sommet du championnat, les frères Márquez ont déjà vu leurs chemins se croiser plusieurs fois dans la catégorie reine. Álex y a été promu en 2020 pour remplacer au pied levé Jorge Lorenzo dans le stand Repsol Honda où Marc régnait en maître. Leur association à l’époque n’aura duré qu’un Grand Prix, avant la grave blessure au bras qui allait éloigner le #93 des circuits. À son retour en forme, son frère cadet avait non seulement quitté l’équipe, mais aussi le groupe Honda.
Lorsqu’il lui a fallu trouver un moyen de relancer sa carrière, Marc a retrouvé Álex, cette fois pour devenir son coéquipier chez Gresini, où l’attendait la seule Ducati disponible pour la saison 2024. Une année forte qui les a rapprochés un peu plus encore et a posé les bases, pour chacun à leur manière, de ce que 2025 allait leur réserver.
“Álex, directement et indirectement, est celui qui m’a le plus aidé”, expliquait récemment Marc Márquez au journal El Periodico. “Quand tu es chez toi, blessé, il est très facile de déconnecter ou de ne plus vouloir voir de motos, parce que c’est comme remuer le couteau dans la plaie, tu te dis : ‘Je le veux, mais je ne peux pas’. Le fait que mon frère courait lui-même m’a permis de suivre le championnat avec la même passion et la même envie que si j’avais couru, et ça m’a beaucoup aidé.”

Álex et Marc Márquez ont été célébrés en héros dans leur ville de Cervera.
Photo de : Vertical
“Ensuite, une fois que je suis remonté sur la moto, chacun a suivi son chemin, mais comme on s’entraînait toujours ensemble, ça donne une référence au niveau physique. Normalement, l’aîné a toujours une longueur d’avance, mais quand on se blesse, et sachant qu’il a 27 ans et moi 30, les choses s’équilibrent. Il était au-dessus de moi à vélo, sur le physique, à la salle… Vouloir me rapprocher de lui m’a stimulé. Et dans les décisions, il a toujours essayé de me conseiller au mieux.”
Marc voit en Álex un réel adversaire pour 2026
Tous deux ont grandi dans les épreuves et ils sont aujourd’hui des jeunes hommes mûrs, avec également une vie personnelle équilibrée. Jusqu’à présent colocataires, ils vont mettre un peu de distance entre eux en 2026. Une séparation qui n’est pas anodine, alors même que Marc Márquez voit en Álex un sérieux rival pour la saison qui s’annonce.
“Álex est capable de tout. Je ne vais pas le mentionner comme étant mon frère, parce que c’est Álex Márquez, le vice-champion. L’an prochain, il sera l’un des principaux rivaux, si ce n’est le premier, pour le championnat du monde. Il est capable de tout”, juge le champion en titre.
“Je ne dirais pas qu’il s’est affirmé, parce qu’il n’avait pas besoin de confirmer sa forme, mais il est à un très haut niveau, capable de mener n’importe quelle équipe. Il est le leader de Gresini, il progresse d’une façon incroyable pour l’avenir. Et puis, chaque personne, chaque sportif, s’épanouit différemment selon l’âge. En ce moment, il est très mature et se sent mieux que jamais.”
“Ce sera donc difficile l’an prochain, mais ça ne changera rien à notre façon de nous entraîner. On va vivre séparément, il aura les clés de sa maison en janvier ou février, mais on va continuer à s’entraîner ensemble, garder la même relation et la même façon d’avancer ensemble, pour tirer le meilleur.”
Réunir Marc et Álex Márquez, pas une priorité pour Ducati
Álex Márquez sera d’autant plus attendu en 2026 qu’il pilotera une Ducati d’usine, la quatrième que le constructeur consent à placer sur la grille. À quoi une telle promotion peut-elle ouvrir pour lui ? Nombreux sont ceux qui rêvent d’un duo des frères Márquez dans l’équipe officielle Ducati en 2027, même si le constructeur assure que “cela a très peu de chances de se produire, car cela ne correspond pas à la philosophie de Ducati”, qui privilégie le fait de placer les deux coéquipiers dans une situation de compétition forte.
Marc Márquez ne considère pas non plus cela comme un objectif prioritaire pour lui. “Ça me plairait, c’est sûr, mais ce n’est pas la priorité. Je dois voir ce qui est le mieux pour moi sur le plan sportif et ce qui est le mieux pour Álex, en fonction des projets qui peuvent se présenter”, explique-t-il, toujours pour El Periódico.
“Je suis le champion et Álex est le vice-champion, donc lui aussi va recevoir plus d’une offre et chacun de nous devra alors évaluer la situation de manière égoïste. Si jamais ça pouvait nous réunir, j’en serais ravi. Quel meilleur coéquipier pouvez-vous avoir que votre frère ? Mais je pense que c’est difficile, ce ne sont pas des choses que l’on recherche”, assure le nonuple champion du monde.
“Elles se présentent par coïncidence, comme ça avait été le cas chez Repsol Honda, avec le départ de Jorge Lorenzo. On l’avait un petit peu recherché chez Gresini, mais là, c’était plus une nécessité.”
Avec Rubén Carballo Rosa, Germán Garcia Casanova et Vincent Lalanne-Sicaud
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