Extrait de cet article : post publié sur Motorsport.com
L’intelligence artificielle s’est imposée comme un sujet qui dépasse le monde des technologies, notamment en modifiant les méthodes de travail, mais son utilisation est pour le moment restée peu évoquée dans le monde des sports mécaniques. Peut-elle être utilisée pour accélérer le développement et analyser plus rapidement les données en piste, qu’il s’agisse de valider l’efficacité d’une nouveauté ou de mettre le doigt plus efficacement sur les réglages ?
C’est ce que prétend Ducati, en s’appuyant opportunément sur les outils développés par Lenovo, son sponsor principal. Ces derniers mois, Ducati a plusieurs fois rappelé que le géant de l’informatique ne se contente pas d’apposer un autocollant sur ses Desmosedici, mais fait office de véritable partenaire technologique.
Lors de la présentation de la Ducati GP26, la marque a ainsi évoqué un outil d’intelligence artificielle développé spécifiquement pour ses besoins, nommé Ducati Lenovo Racing Intelligence. Simple élément marketing pour faire la promotion d’un sponsor important ou véritable révolution dans le développement ?
L’outil a été mis en scène sous la forme d’un assistant vocal intégré dans la moto, qui ne représente naturellement pas son utilisation réelle, mais cela a permis à l’IA d’expliquer elle-même son rôle dans le développement. Il permet surtout de combiner les données existantes et d’en tirer des conclusions.
“Chaque tour, chaque séance d’essai et chaque course alimentent un processus d’apprentissage permanent”, a détaillé l’assistant. “Les ingénieurs analysent de vastes quantités de données historiques à l’aide de calculs avancés et de l’IA afin de découvrir des tendances qui ne sont pas visibles à l’œil nu. Les saisons passées ne sont pas simplement terminées puis oubliées, elles deviennent un ensemble de données vivantes qui façonnent activement la suite.”

Ducati a mis en scène le dialogue avec son intelligence artificielle.
Photo de: Ducati Corse
Ducati peut ainsi profiter d’une “compréhension plus rapide et plus approfondie de ce qui a fonctionné, de ce qui n’a pas fonctionné et pourquoi” et peut s’appuyer sur une “boucle d’apprentissage continue” dans son développement. Ce travail permet de faire évoluer la moto mais aussi de préparer les week-ends de course et d’aider à exploiter les données récoltées en piste.
“Des modèles d’IA sont utilisés pour simuler des milliers de scénarios avant même qu’ils ne se produisent sur la piste, en combinant des données actuelles et historiques afin de générer des prévisions. Pendant un week-end de course, ces prévisions ont une influence sur tout, des réglages aux performances des motos, jusqu’à la stratégie et les décisions prises sur le moment.”
“En se préparant à l’avance à l’évolution des conditions et aux variables imprévisibles en course, les ingénieurs peuvent réduire le temps de réaction et prendre des décisions plus intelligentes plus rapidement. Dans un sport où chaque millième compte, les données transforment la préparation en précision. Gagner ne consiste pas seulement à bien réagir, mais aussi à être prêt avant que le moment survienne.”

La Ducati GP26 a été développée en faisant recours à l’IA.
Photo de: Ducati Corse
Le but est donc d’offrir un outil qui permet de ne jamais partir d’une page blanche et de faire plus rapidement les bons changements. “Les ingénieurs font des essais et des simulations virtuelles pour accélérer le développement, explorer des idées et des possibilités dans un environnement qui fait primer le numérique”, selon l’outil IA de Ducati.
“Les concepts sont validés virtuellement avant d’être testés physiquement, ce qui nous permet d’aborder les premiers essais avec clarté et confiance. Au moment où la moto est lancée, nos ingénieurs savent déjà quelles options méritent d’être explorées, et cette préparation leur donne une longueur d’avance décisive.”
Quelle place pour l’humain ?
Telle qu’elle est présentée par Ducati et Lenovo, l’intelligence artificielle n’a donc pas vocation à remplacer le travail d’un ingénieur. “L’expertise humaine et l’IA travaillent main dans la main”, a assuré l’assistant vocal, en précisant que les ingénieurs peuvent s’appuyer sur “la puissance de calcul nécessaire pour traiter rapidement des analyses complexes”.
Cette révolution risque-t-elle de mettre en concurrence le recours aux opinions des pilotes, par nature teintées de subjectivité, et les données brutes analysées par les simulations ? Marc Márquez estime qu’il serait idiot de se priver du potentiel apporté par l’IA et se félicite de voir la palette d’outils s’agrandir, tout en rappelant le besoin de faire primer l’humain dans les décisions.
“Évidemment, la technologie avance et au final, on est très chanceux d’avoir une marque comme Lenovo pour aider les ingénieurs de Ducati”, a-t-il indiqué. “C’est l’avenir. On ne peut pas se battre contre l’avenir, ou le futur proche. Si on a les outils, on doit bien les utiliser et si ça rend plus performant, ce sera bon. Mais que ce soit avec l’IA ou autre chose, au final la dernière décision sera humaine. C’est le plus important.”

Marc Márquez
Photo de: Ducati Corse
Pecco Bagnaia a aussi insisté sur l’aspect humain mais a estimé que l’IA pourrait devenir un outil utile afin d’éplucher les données pendant un week-end de course : “En termes d’électronique, nous sommes très en avance avec ce nouveau système IA. Je pense que cela sera parfois plus facile de découvrir des choses.”
“Mais au niveau des sensations en piste, nos commentaires sont plus importants. L’équipe et les ingénieurs sont toujours avec nous, ils nous demandent tout et peut-être que l’IA ajoutera juste de petits détails.”
VIDÉO – La Ducati 2026 de Márquez et Bagnaia en images
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| Lire l'article complet - Auteur de l'article : Vincent Lalanne-Sicaud |

