Comment Raúl Fernández s’est transformé en vainqueur en 2025

Extrait de cet article : post publié sur Motorsport.com

Pour sa quatrième saison en MotoGP, Raúl Fernández a intégré le clan des vainqueurs en remportant le GP d’Australie. Avant cela, sa saison avait déjà été une bonne surprise pour la direction d’Aprilia, sous l’impulsion de son team principal, Davide Brivio, qui a aidé le jeune pilote à franchir le dernier pas.

L’ancien responsable Suzuki et Yamaha a souligné le gain de maturité d’un pilote qu’il a personnellement cherché à stabiliser pour lui permettre d’extraire son potentiel. Les conseils qu’il a continué à lui prodiguer cette année ont fini par porter leurs fruits alors même que Fernández avait plutôt mal commencé son année.

Lui qui était le seul à connaître l’Aprilia à l’entame du championnat, il s’est pourtant fait déborder par son nouveau coéquipier, Ai Ogura, avant de voir un autre nouveau venu, Marco Bezzecchi, gagner dès la septième manche de la saison. Cela méritait un recadrage, et il a eu des effets bénéfiques.

“L’année dernière, lorsque nous avons décidé de conserver Raúl, c’est car nous considérions qu’il était expérimenté”, a expliqué Davide Brivio à Motorsport.com dans une interview réalisée à l’automne. “Cette année était sa quatrième en MotoGP. Nous estimions qu’il était prêt à être une sorte de leader pour l’équipe cette saison. Dans le même temps, nous voulions faire venir Ai et le former en tant que jeune pilote, mais nous avions en quelque sorte nommé Raúl pour être celui qui obtiendrait les résultats.”

“Or, le début de la saison a été très difficile parce qu’il s’est blessé à Sepang, dès le premier jour. Il a manqué tout le test et il est revenu en Thaïlande pour les deux derniers jours d’essais [d’avant-saison], mais sans être à 100%. Ensuite, le début de la saison a été difficile. Nous n’avions pas de base de réglages, il n’était pas en grande forme et nous avons eu du mal à marquer des points. Parfois, nous n’étions même pas dans le top 15. Ça n’était clairement pas son potentiel et nous en avons parlé. [Je lui ai dit que] ça n’était pas ce dont il était capable, qu’il pouvait faire beaucoup mieux.”

Je ne pense pas qu’il y ait débat sur le niveau de talent de Raúl, mais éventuellement sur la manière dont il travaillait.

Ce niveau trop faible affiché par Raúl Fernández imposait une réaction, et celle-ci s’est d’abord appuyée sur ses ressources. “Tout le paddock sait à quel point Raúl est talentueux. Je pense qu’il fallait surtout qu’il prenne confiance en lui. Pendant l’hiver, il a revu sa méthode d’entraînement et il s’est plus concentré sur ce qui compte vraiment dans la préparation physique”, expliquera par la suite Davide Brivio au micro du site officiel du MotoGP, décrivant comment, la saison dernière, son pilote “ralentissait” en fin de GP alors qu’il arrive maintenant à se montrer constant “sans faire la moindre erreur pendant toute la distance de la course”.

L’histoire de Raúl Fernández en MotoGP aura jusqu’ici été celle d’un pilote ayant besoin de longuement chercher ses marques, avant d’en arriver à cet accomplissement obtenu cette saison. “Je ne pense pas qu’il y ait débat sur le niveau de talent de Raúl, mais éventuellement sur la manière dont il travaillait”, a lui-même fait remarquer Massimo Rivola après la victoire décrochée en Australie. “Maintenant, avec l’aide de Davide et aussi de Fabiano [Sterlacchini], je pense qu’il a [autour de lui] des gens en qui il peut avoir confiance, ce qui est très, très important.”

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Un pilote plus mûr et plus en confiance

Le travail mené sur la préparation physique a contribué à consolider le jeune pilote. Mais en plus de cette solidité qu’il a acquise, Raúl Fernández a eu besoin de passer un cap mentalement.

“Il a aussi gagné en confiance pendant la saison, à partir du Mans”, a noté Davide Brivio, faisant référence aux “discussions difficiles” qu’il a eues avec son pilote après les mauvais résultats du début de saison. “Si on est Raúl Fernández et qu’on finit 17e ou 18e, il y a quelque chose qui ne va pas quelque part. Il fallait trouver ce qui n’allait pas. Si c’est un pilote sans talent ou sans potentiel, on ne peut pas se plaindre, on ne peut pas être très dur, mais avec lui, on a dit ‘Allons, tu es talentueux, que se passe-t-il ?’.”

Davide Brivio a poussé son pilote à réagir.

Davide Brivio a poussé son pilote à réagir.

Photo de: Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images

Après n’avoir marqué qu’une poignée de points lors des premières manches, le GP de France a marqué un moment de bascule, avec une septième place motivante et annonciatrice de progrès par la suite. “À partir de là, il y a eu plusieurs courses durant lesquelles il a tout le temps figuré dans le top 10. Cela lui a donné confiance, ça venait et il a de plus en plus eu le sentiment qu’il pouvait être dans le top 10. C’est là qu’a commencé sa progression.”

“Nous avons eu de bonnes courses, il a terminé cinquième à Brno et nous avons visé de peut-être faire mieux que dixième d’ici à la fin de la saison. Et soudain, il est montré deux fois sur le podium. Il a fait deux podiums en sprint en Indonésie et en Australie, et il y a bien sûr eu sa formidable victoire”, a énuméré Davide Brivio, notant aussi “le déclic” qu’a pu être la troisième place lors du sprint de l’Indonésie, deux semaines avant la victoire qui attendait Raúl Fernández à Phillip Island.

“Il y a donc eu une excellente progression”, s’est félicité le team principal de Trackhouse Racing, soulignant aussi au micro du site officiel du MotoGP “un gros changement d’état d’esprit et d’attitude par rapport au début de la saison”. Et cette progression notable de Fernández s’est surtout accompagnée d’une stabilisation de son niveau à chaque cran passé.

Des résultats qui doivent se stabiliser

“Je me souviens que l’an dernier, quand je suis arrivé, il n’était pas content parce qu’il ne pouvait pas être dans le top 5, il ne pouvait pas gagner. J’ai dit ‘Avant de gagner, il faut finir dans le top 10, avant de finir sur le podium, il être dans le top 5’. C’est un processus, c’est un chemin pour en arriver là, un gros travail, une évolution pas à pas. Je pense que c’est ce qu’il a construit cette année.”

Raúl Fernández a obtenu deux podiums en GP et deux médailles au sprint en fin de saison.

Raúl Fernández a obtenu deux podiums en GP et deux médailles au sprint en fin de saison.

Photo de: Steve Wobser / Getty Images

Grâce à une très bonne fin de saison, Raúl Fernández a réussi à se classer dixième du championnat. Davide Brivio compte maintenant sur la confirmation des acquis pour la saison à venir.

“On va voir maintenant. C’est difficile d’atteindre le sommet mais c’est encore plus difficile d’y rester. Les progrès d’Aprilia ont aidé en fin de saison. On sait que Marc n’est pas là, que certains pilotes ont des soucis, que d’autres sont déjà contents de leurs résultats… Ce sera intéressant de voir l’hiver, le début de l’année prochaine, quand tout le monde sera frais.”

“Notre objectif est de faire mieux que cette année. Mon attente est d’avoir les deux pilotes dans le top 10”, a annoncé Davide Brivio. “Je m’attends à ce que Raúl et Ai aient des performances similaires, qu’ils s’affrontent, avec l’objectif d’être dans le top 10 et de saisir des opportunités quand elles se présent, comme on l’a fait cette année, quand l’Aprilia est bonne et qu’il y a une opportunité de podium.”

Fabiano Sterlacchini, directeur technique d’Aprilia, observe lui aussi cette évolution d’un œil attentif, encourageant des progrès continus pour la suite. “Je pense qu’avec les résultats et les performances de Raúl, je ne veux pas dire qu’on est au bout du chemin, mais clairement, pendant la saison, nous avons fait des progrès, nous avons tout le temps progressé et maintenant, il a atteint un très bon niveau. Je pense qu’il faut viser au moins le top 4, 5 ou 7 à chaque course.”

Avec Rachit Thukral et Vincent Lalanne-Sicaud

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Lire l'article complet - Auteur de l'article : Léna Buffa
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