Comment Aprilia a passé un cap et dépassé ses attentes en 2025

Extrait de cet article : post publié sur Motorsport.com

Il est indéniable que la saison a été dominée de manière nette par Ducati, et particulièrement avec Marc Márquez pour moteur. Pour autant, si l’on observe ce qui s’est joué derrière le mastodonte de ce championnat, deux autres matchs n’ont pas été dénué d’intérêt.

Il y a celui qui a opposé Honda à Yamaha, avec un sursaut notable de la part de la marque tokyoïte. Et il y a eu le duel entre les autres marques européennes, avec cette fois une prise de pouvoir d’Aprilia sur KTM Face à l’absence de succès pour le constructeur autrichien, Aprilia a été capable de mettre à plusieurs reprises la pression sur les motos de Borgo Panigale et de remporter quatre Grands Prix et trois courses sprints.

La présence d’Aprilia aux avant-postes n’est pas nouvelle : elle avait été la seule marque à battre Ducati en 2024 et, pour trouver la trace d’une victoire sur le sec décrochée par une autre moto que ces deux-là, il faut remonter pratiquement 30 mois en arrière, quel que soit le format de course. Aujourd’hui, Aprilia reste ce constructeur capable de priver les Desmosedici d’une poignée de succès, mais elle le fait en ayant passé un cap et gagné en régularité.

Lire aussi :

D’évidents progrès techniques lui ont en effet permis de réduire l’écart de façon notable cette année. La dernière partie du championnat a été en cela exemplaire, avec une succession d’épreuves lors desquelles la RS-GP a joué les premiers rôles, emmenée par un Marco Bezzecchi devenu leader naturel du groupe. Après son succès de Silverstone, qui avait fait suite à l’abandon de Fabio Quartararo, il a enclenché la vitesse supérieure dès Brno, avant la pause estivale, mais il a ensuite profité de l’absence de Marc Márquez à partir de l’Indonésie pour cumuler les récompenses avec la Malaisie pour rare faux-pas.

“Je suis évidemment content de la fin de la saison, surtout depuis Assen”, s’est félicité Bezzecchi pour le site officiel du MotoGP, ne pouvant néanmoins s’empêcher de regretter les points laissés en route dans les premiers Grands Prix, lorsqu’il devait encore s’adapter. “Après Silverstone, on a eu un peu de mal en Aragón, au Mugello aussi. Je pense que c’est depuis Assen que l’on a commencé à se battre constamment pour le top 5 ou le top 6. J’ai pu faire de bonnes courser, avoir de bonnes bagarres avec Marc. C’était super cool mais au début, on avait beaucoup de mal.”

Un bilan au-delà des objectifs malgré l’absence de Martín

La hausse de son niveau et les difficultés insolubles de Pecco Bagnaia ont permis à Marco Bezzecchi de terminer troisième du championnat. Le bond en avant également réalisé par Raúl Fernández a mené Aprilia à ajouter un autre vainqueur à son palmarès en Australie, puis à clore la saison par un doublé à Valence, premier résultat de la sorte que Noale obtenait depuis deux ans.

Fabiano Sterlacchini, directeur technique fraîchement arrivé, n’a finalement aucun mal à l’admettre : les résultats obtenus ont finalement dépassé les objectifs qu’Aprilia s’était fixés pour cette année, et ce en dépit du revers majeur qu’a été l’indisponibilité de Jorge Martín sur une bonne partie de la saison.

“Je dois être sincère : honnêtement, c’est un peu plus”, jugeait-il au moment du tomber de rideau sur le championnat. “Pour moi, il était raisonnable, avec les pilotes que nous avons et sans rencontrer aucun problème, de se battre pour quelque chose qui se serait situé autour du top 5 au championnat pilotes et d’essayer de faire deuxièmes parmi les constructeurs. Au final, nous avons probablement dépassé notre objectif, alors c’est vraiment bien, mieux que ce que nous espérions.”

Les performances d’Aprilia ces dernières saisons :

Saison

GP gagnés

Sprints gagnés

Podiums en GP

Points*

classement*

2025

4

3

11

418

2e

2024

1

3

1

302

3e

2023

2

2

5

326

3e

* au championnat constructeurs

Massimo Rivola était lui-même particulièrement ravi par cette dynamique, quoi qu’étonné de voir son clan terminer en force alors que les dernières manches sont généralement un moment compliqué à passer : “Franchement, je dois dire qu’à part à Sepang, nous avons été plutôt forts dans les cinq dernières courses, et c’est une tendance très positive. Clairement, quelque chose auquel nous ne sommes pas habitués, mais nous voulons l’être !”

“Il est certain que l’association de Marco et de l’équipe est quelque chose qui a fait la différence”, a ajouté le PDG d’Aprilia Racing en cherchant à identifier les causes de ces progrès. “Je ne sais pas si ça a aussi été utile à Raúl et Ai [Ogura], mais il est certain que j’ai trouvé en Marco l’une des clés. Évidemment, il est celui qui pilote la moto, mais il y a une usine derrière lui, et je pense que la clé c’est aussi d’avoir commencé la saison avec Fabiano qui a, d’une certaine façon, bâti la nouvelle Aprilia.”

Lire aussi :

Un spectre de performance plus large

Au-delà de la lecture des résultats bruts, ce qui frappe surtout c’est que le constructeur italien a prévalu par sa constance car s’il a renforcé sa place aux avant-postes et l’a rendue plus stable, moins sujette à certaines caractéristiques bien précises.

En dehors d’une vitesse de pointe impressionnante qui la rendait pratiquement imbattable sur certaines pistes comme Barcelone, la RS-GP apparaissait jusqu’à présent trop incomplète. L’accession à la victoire avec Aleix Espargaró puis Maverick Viñales avait déjà marqué un tournant de taille, cependant une fenêtre de performance trop étroite privait la marque de récompenses aussi fréquentes qu’espéré. Cela a aussi contribué à laisser une brèche dans laquelle KTM s’était engouffrée pour s’emparer de la deuxième place du classement des constructeurs ces deux dernières saisons.

Le GP d'Indonésie, l'une des épreuves sur lesquelles Marco Bezzecchi a performé cette saison.

Le GP d’Indonésie, l’une des épreuves sur lesquelles Marco Bezzecchi a performé cette saison.

Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images

D’une certaine manière, l’Aprilia de ces dernières années ressemblait à la Ducati de la fin des années 2010, une fusée en ligne droite mais une moto trop peu maniable pour performer dans les virages. Cela a toutefois commencé à changer, et les performances de plus en plus stables de Marco Bezzecchi l’ont démontré, quelle que soit la typologie de circuit.

“Ce qu’il y a de bien, c’est qu’ici nous étions, et Marco en particulier, très rapides dans les portions fluides”, observait en Indonésie Massimo Rivola. “C’était déjà une assez bonne caractéristique de l’Aprilia. Et il semble aussi que nous sommes désormais plus compétitifs dans les courses stop-and-go. La moyenne de la moto ne cesse donc de s’améliorer, et c’est une bonne nouvelle.”

Ce qui intéresse particulièrement le PDG dans les résultats obtenus ces derniers mois, c’est leur évidence, indépendamment des circuits arpentés. Aprilia n’est plus seulement l’outsider capable de performer dans des conditions bien spécifiques, mais une menace de plus en plus réelle sur un éventail désormais élargi de circonstances.

“Nous savons que nous avons un assez bon ADN sur les pistes rapides, et il semble que nous commencions à en avoir un sur les pistes plus lentes”, observait encore Rivola après la victoire portugaise de Bezzecchi. “Sur les circuits rapides, plus qu’être bons, je pense que nous avons été la référence. Nous savons que les tracés stop-and-go n’étaient pas les meilleurs pour nous, mais nous avons obtenu une bonne performance en Autriche et en Hongrie, alors de toute évidence je peux être plus que positif pour l’avenir.”

Fabiano Sterlacchini, à gauche, a donné un nouvel élan au programme Aprilia.

Fabiano Sterlacchini, à gauche, a donné un nouvel élan au développement de l’Aprilia.

Photo de : Aprilia Racing

Sous la houlette de son nouveau directeur technique, Aprilia a accompli des progrès considérables avec sa RS-GP et éliminé des problèmes de longue date, notamment sa tendance à surchauffer lorsque la température ambiante est élevée, sur certains circuits asiatiques. Bien que les mesures techniques exactes à l’origine de ces progrès restent confidentielles, la cohérence acquise par l’Aprilia a clairement renforcé la confiance entourant le projet.

Le questionnement autour de Barcelone

À Mandalika, par exemple, la moto italienne a montré des performances brutes d’un nouvel ordre, Bezzecchi décrochant la pole position avec quatre dixièmes d’avance et remontant de la huitième place pour remporter la course sprint. Mais la construction d’une moto plus équilibrée s’est accompagnée d’une légère perte de ses anciens atouts sur des circuits comme Barcelone.

En 2023, Aprilia y avait réalisé un doublé impressionnant, l’une des rares courses où Ducati était apparue impuissante. En 2024, la moto de Noale a perdu une partie de son avantage en Catalogne, même si Espargaró a tout de même réussi à décrocher la pole position et à s’imposer au sprint. Mais cette année, aucune Aprilia n’a figuré parmi les cinq premiers à Barcelone, ni en qualifications ni à l’arrivée des courses.

Selon Sterlacchini, ce n’est pas tant qu’Aprilia aurait régressé sur son circuit fétiche, mais plutôt que les autres ont progressé plus rapidement. “Parfois, la performance est relative”, expliquait l’ingénieur à Motorsport.com cet automne. “Donc, si notre moto est plus rapide que l’année précédente – et elle l’est, c’est un fait objectif – les autres sont plus rapides car ils ont progressé davantage.”

Aprilia a fini la saison sur un doublé.

Aprilia a fini la saison sur un doublé.

Photo de : Javier Soriano – AFP – Getty Images

“Vu de l’extérieur, il est toujours facile de tirer des conclusions du type ‘vous étiez très performants sur cette piste et plus maintenant’. Non, nous avons amélioré nos chronos, nous sommes meilleurs, mais malheureusement, les autres ont fait un meilleur travail que nous. Nous devons donc tenir compte de plusieurs facteurs pour comprendre où nous nous situons.”

“Ce qui est important, car la compétition se juge en relation par rapport aux autres, c’est de savoir à quel point nous sommes proches des meilleurs pilotes, et au cours des dix dernières courses environ, nous avons obtenu de bons résultats, nous avons toujours figuré parmi les trois ou cinq premiers.”

Au cœur d’une série extrêmement solide pour lui, Marco Bezzecchi est complètement passé à côté de son GP de Catalogne. Mal qualifié, il est tombé lors des deux courses, mais il s’est surtout plaint de chronos qui ne venaient pas et a assisté impuissant à la domination des Ducati et au podium de KTM avec Enea Bastianini.

Interrogé sur les raisons pour lesquelles les adversaires d’Aprilia ont ainsi performé à Barcelone, Fabiano Sterlacchini a tenté d’expliquer : “Ils s’efforcent d’améliorer [leur moto] et se concentrent parfois sur les circuits où ils estiment être les plus faibles. Je pense qu’après la performance d’Aprilia en 2023, Ducati s’est beaucoup concentrée sur les trois circuits qu’ils doivent choisir pour les essais. Ils ont choisi Barcelone et y ont effectué plusieurs tests, je pense donc qu’ils y ont passé plus de temps. C’est l’un des facteurs, mais il pourrait y en avoir plusieurs autres.”

Au final, il n’en demeure pas moins qu’Aprilia a réussi son année. Même si Jorge Martín a été écarté pendant une grande partie de la saison en raison de multiples blessures et que le rookie Ai Ogura a également subi plusieurs forfaits, Aprilia a tout de même réussi à devancer KTM et à terminer deuxième du championnat des constructeurs, obtenant ainsi son meilleur résultat jamais enregistré dans la catégorie reine. Elle a surtout marqué les esprits par la solidité acquise et est déjà très attendue pour la prochaine saison.

Avec Vincent Lalanne-Sicaud

Lire aussi :

Votre avis nous intéresse !

Qu’aimeriez-vous voir sur Motorsport.com ?

Répondez à notre enquête en 5 minutes.

– L’équipe Motorsport.com

Lire l'article complet - Auteur de l'article : Léna Buffa
Retour en haut