Où en est vraiment la Yamaha V4 à une semaine du début de saison ?

Extrait de cet article : post publié sur Motorsport.com

Yamaha savait qu’il lui faudrait du temps pour prendre la mesure de son V4, l’architecture moteur retenue pour remplacer le quatre cylindres en ligne cette année, et que l’intégralité du plateau maîtrise depuis de nombreuses années. Mais à une semaine du coup d’envoi de la saison 2026, le constructeur japonais semble encore très loin du compte.

Les signaux les plus alarmants sont survenus au test de Sepang, où un problème dont la cause était difficile à identifier a privé les pilotes d’une journée intégrale de roulage. Ils étaient de retour en piste pour la dernière journée, mais devaient rouler avec une puissance limitée.

Un véritable correctif semble avoir été trouvé pour le test de Buriram, où le plateau est déjà réuni ce week-end pour un dernier roulage avant le lancement du championnat. “On dirait qu’ils ont identifié le problème”, a noté Álex Rins ce samedi. Voilà un premier élément positif. Le seul ?

Ce samedi, les pilotes Yamaha ont été rassemblés en fond de classement. Seuls le débutant Diogo Moreira, qui a naturellement encore beaucoup à apprendre, et Michele Pirro, uniquement présent pour remplacer un Fermín Aldeguer blessé, leur ont permis de ne pas fermer la marche.

Surtout, le langage corporel de Quartararo sur sa moto et dans son garage a trahi sa frustration. Son langage verbal n’incitait pas plus à l’optimisme en fin de journée, quand il a constaté que la marque n’était tout simplement pas prête pour le début de la saison.

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De l’autre côté du garage, Rins a affiché le même sentiment de frustration. “Je sens plus ou moins la même chose”, a reconnu l’Espagnol. “Actuellement, on dirait que les pilotes sont prêts, on est prêts, mais la moto ne l’est pas encore, donc ils doivent continuer à travailler. Il y a beaucoup de choses à améliorer, ce qui est normal dans un nouveau projet.”

Alex Rins, Yamaha Factory Racing

Álex Rins est aussi frustré que Fabio Quartararo chez Yamaha.

Photo de: Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images

“Mais vous savez, en tant que pilote, on veut toujours attaquer. Quand on donne son maximum et que les résultats ne viennent pas, c’est un peu frustrant. On doit juste comprendre ce dont la moto a besoin pour être meilleure. C’est tout.”

Comment accepter une telle situation ? “J’essaie de crier dans mon bureau”, a répondu Rins avec un sourire, mais sans réellement donner l’impression de plaisanter. “C’est tout. Je vais dans mon bureau, c’est tout. Mon rythme cardiaque est monté à 191 dans mon time attack pour être 19e aujourd’hui. On ne peut rien faire. Comme je l’ai dit, les pilotes sont prêts, la moto ne l’est pas autant, donc il faut comprendre et attendre.”

Il en manque beaucoup en bout de ligne droite, on se traîne en quatrième, cinquième ou sixième.

Lorsque l’on interroge les pilotes sur les principales faiblesses de la Yamaha actuelle, ils évoquent un déficit de vitesse de pointe d’une dizaine de km/h, un gouffre dans un plateau aux écarts très faibles.

“On perd le plus au niveau de la puissance du moteur, c’était assez clair, mais aussi en motricité”, a expliqué Rins après avoir pu suive la Ducati de Marc Márquez en piste. “Au niveau de la motricité, [par rapport à] Marc sur la Ducati, mais aussi les Honda et les Aprilia, on dirait qu’ils ont un meilleur équilibre à l’accélération et ils peuvent en profiter : ils gagnent plus de mètres à l’accélération, et plus de mètres en ligne droite.”

Jack Miller, Pramac Racing

Jack Miller voit aussi un déficit en ligne droite sur la Yamaha de l’équipe Pramac.

Photo de: Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images

Du côté de l’équipe Pramac, Toprak Razgatliogolu se concentre surtout sur sa découverte du MotoGP, tandis que Jack Miller espère de petits progrès dimanche, pour la dernière journée du test. Mais il confirme l’ampleur du retard.

“Il en manque beaucoup en bout de ligne droite, on se traîne en quatrième, cinquième ou sixième”, a déploré l’Australien après du site officiel du MotoGP. “C’est bizarre de dire que quand on est à 340 km/h ou 330 km/h au passage devant la cellule, on a l’impression de ne pas avancer, mais c’est le cas.”

“On doit tester différentes choses mais c’est sûr qu’on ne va pas trouver 10 km/h dans la nuit”, a concédé Miller face à la presse internationale, dont Motorsport.com. “C’est un peu ce qui nous manque en ce moment. Dans l’ensemble, j’aime piloter la moto, elle fait des choses acceptables. On a un peu dû jouer sur l’électronique ce matin et je ne suis pas ravi des performances ou de la constance du frein moteur et de l’antipatinage, mais on a fait de gros progrès aujourd’hui.”

Miller voit du positif, Rins et Quartararo le contredisent

Miller, qui a été le premier pilote Yamaha du classement ce samedi, est le seul à pointer quelques éléments positifs avec la M1 version 2026, malgré une chute dans la matinée : “On a eu quelques soucis avec le frein moteur au début de journée et j’ai eu une [chute] à assez haute vitesse au virage 8, mais j’ai pu m’accrocher la moto et je n’ai pas causé trop de dégâts. Je me suis brûlé le bras, c’est un peu tout. Une journée acceptable, sincèrement.”

“On a joué entre deux châssis. On avait le nouveau châssis, on n’était pas très satisfaits en Malaisie. J’ai passé beaucoup de journées à chercher où on devait l’améliorer en Malaisie, parce qu’il y avait du positif et du négatif. On l’a ramené à la maison, les mecs l’ont ajusté et je suis assez content des progrès qu’ils ont fait dessus. C’est une bonne évolution.”

Jack Miller, Pramac Racing

Jack Miller est un peu plus enthousiaste que les autres pilotes Yamaha.

Photo de: Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images

Miller est encouragé par les performances de sa moto dans la portion la plus sinueuse du tracé de Buriram, et il a senti des progrès avec le pneu à la carcasse renforcé, qui posait de grosses difficultés au constructeur l’an passé : “Je crois que cette ‘sensation Yamaha’ est encore là, la moto tourne assez bien.”

“Je crois qu’on a tous eu un peu de mal avec le pneu arrière aujourd’hui. On a un pneu assez spécial, le même en Autriche pour les températures élevées. Mais dans l’ensemble, je suis plutôt content des sensations sur l’avant, des informations qu’il me donne. Comme je l’ai dit, on a eu quelque chose avec le frein moteur aujourd’hui, c’était un peu n’importe quoi, mais c’est lié à ce pneu, à la façon dont il glissait, et à la charge en carburant.”

“Ça nous a pris un peu de temps pour nous en sortir mais une fois que c’était fait, j’étais vraiment content du fonctionnement et la moto fait ce qu’elle devrait faire, ce que l’on recherchait. Elle s’arrête mieux, elle accélère mieux, surtout avec ce pneu.”

Rins n’est pas du même avis que Miller. “[Cette moto] ne tourne pas encore aussi bien”, a-t-il assuré, tout en se réjouissant d’être “un peu plus à l’aise” au freinage, le principal progrès qu’il constate depuis les premiers tests avec la Yamaha V4.

Alex Rins, Yamaha Factory Racing

Álex Rins ne sent des progrès qu’au freinage avec la Yamaha V4.

Photo de: Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images

Quartararo douche également les espoirs de Miller. “Bien, chaque pilote a son propre pilotage mais je ne suis pas d’accord”, a tout simplement expliqué le champion du monde 2021. “Je sais à quel point la moto de l’an dernier était bonne sur un tour. On sait qu’on est toujours très lents maintenant. Il y a beaucoup de travail pour se sentir ne serait-ce que bien sur la moto. On verra ce qu’on pourra faire pour demain, et dans les deux prochains mois.”

La nécessité de garder l’espoir

Álex Rins voit néanmoins un peu de positif avec la dernière version du carénage, installée sur sa moto depuis le test de Sepang. Les pilotes Pramac ne l’avaient pas ce samedi mais ils le testeront dimanche, même si les pièces à disposition restent en quantité très limitées selon Rins.

“On n’a pas beaucoup de pièces de rechange et ils nous ont dit ‘Si vous voulez l’utiliser, utilisez-le, mais si vous tombez, vous ne l’aurez plus pour la course !’. Donc on prend un peu plus de différence. J’ai senti une différence. J’ai fait la comparaison à Sepang en plus d’un gain de 3 ou 4 km/h de plus en ligne droite, je me sentais mieux avec, donc je n’ai pas fait de comparaison à Buriram. C’est sûr que le nouveau est plus rapide.”

Une maigre consolation mais chaque bonne nouvelle a son importance aux yeux de Rins, qui ne veut pas sombrer dans le défaitisme : “Il faut qu’il soit positif, on a 22 courses devant nous, pour un nouveau projet. Il faut être positifs, c’est obligatoire.”

“C’est dur, c’est super dur de commencer comme ça”, a-t-il rappelé. “Mais comme je l’ai dit, il faut rester positif. Sinon, on fait quoi avec 22 courses comme ça ? Il faut continuer à travailler. On ne peut pas jeter l’éponge. On va essayer de trouver une solution.”

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Lire l'article complet - Auteur de l'article : Vincent Lalanne-Sicaud
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