Extrait de cet article : post publié sur Motorsport.com
Marco Rigamonti, l’ingénieur que Ducati a placé aux côtés de Marc Márquez pour sa première année dans l’équipe d’usine, a fêté cette année son premier titre MotoGP avec un pilote. Anciennement associé à Enea Bastianini ou encore Johann Zarco, l’Italien avait accueilli ce cadeau de la part de son constructeur avec bonheur, se disant qu’il avait “dû faire quelque chose de bien” pour avoir l’honneur de travailler avec le plus grand champion de l’ère actuelle, prêt alors à se lancer dans sa deuxième année au guidon d’une Ducati.
Et ce fut une année exemplaire, marquée par un taux de réussite admirable qui a mené Márquez au titre sans avoir même besoin de disputer les cinq derniers Grands Prix du championnat. En marge de la manche japonaise, lors de laquelle son sacre a été acté, Motorsport.com a pu s’entretenir avec Marco Rigamonti avec pour idée de chercher à comprendre comment un tel talent pouvait être perçu depuis le stand. Voici ce qu’il avait à nous dire.
Quelle a été votre première réaction lorsque Ducati vous a annoncé que vous alliez travailler avec Márquez ?
J’ai d’abord ressenti de la satisfaction, car cela signifiait en quelque sorte que Ducati avait confiance en moi. J’avais dû faire quelque chose de bien. Je savais déjà que c’était un pilote exceptionnel, son parcours le montrait, mais je ne m’attendais pas à un tel niveau de domination. Ni à sa facette humaine. En tant que sportif, ses résultats parlent d’eux-mêmes et, en soi, ils le distinguent des autres, mais je ne m’attendais pas à rencontrer quelqu’un avec qui on puisse être aussi proche, qui s’intègre à toute l’équipe comme s’il était comme les autres.
Je savais déjà que c’était un pilote exceptionnel, mais je ne m’attendais pas à un tel niveau de domination.
Qu’est-ce qui vous a le plus surpris dans votre collaboration avec lui ?
Marc a réussi à donner au groupe de travail une grande confiance dans ce que nous faisons. Personne ne s’attendait à un tel championnat, et maintenant nous sommes conscients de ce que ce garçon peut faire avec une moto. Ça permet d’aborder chaque week-end avec le sentiment que les choses peuvent bien se passer. Il faut garder à l’esprit que dans toutes les courses qu’il a terminées, il est monté sur le podium.

Marco Rigamonti travaillait pour la première fois avec Marc Márquez cette saison.
Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images
Au vu de ses performances l’année dernière, chez Gresini et alors qu’il pilotait une moto de l’année précédente, ne pouviez-vous pas imaginer cette supériorité dont il a effectivement fait preuve ?
Les doutes qui pouvaient subsister après sa quatrième opération ont été dissipés la saison dernière, surtout car c’était la première qu’il faisait avec une moto qu’il ne connaissait pas. Pour autant, ça n’a rien à voir avec ce qu’il a accompli [cette année]. Le pas en avant qu’il a fait a été énorme.
Vous avez travaillé avec de nombreux pilotes au cours de votre carrière. Y a-t-il quelque chose qui le distingue particulièrement ?
Je définirais Marc avec deux adjectifs : complet et positif. Complet, parce qu’il l’est sous tous les aspects : dans le stand, sur la piste, lorsqu’il s’entraîne seul. Il est attentif à tout. Et positif, parce qu’il affronte tous les problèmes avec calme. Les courses sont synonymes de problèmes, de chutes, d’avaries, et si le pilote garde la tête froide, cela aide ceux qui l’entourent.
Lors de sa période chez Honda, certains ont laissé entendre que sa vitesse pouvait nuire au développement et à l’évolution des marques, en raison de sa capacité à être compétitif quelle que soit la moto qu’il pilotait. Qu’en pensez-vous ?
Ce n’est pas tout à fait faux, mais pas comme vous le présentez. Ce qui rend Marc différent, c’est sa capacité à se donner à 100% même si ses sensations ne sont pas optimales. Vous lui faites essayer une pièce qui lui convient moins bien, et il vous le dit, il vous dit qu’il est moins à l’aise. Mais il sait aussi qu’il sera capable d’aller aussi vite qu’avec une autre pièce ou une autre configuration. Cela fait évidemment la différence et ça se voit dans les résultats.
Il se peut que l’épreuve qu’il a traversée lui ait permis de progresser sur le plan mental.
Et peut-il être une limitation dans le développement de la moto ?
Absolument pas. En fait, cela a également été une découverte. Contrairement à ce que certains disent, Marc est très sensible et précis lorsqu’il décrit ce qui se passe avec la moto. Il l’identifie et le définit, même s’il est ensuite capable de donner 100% de ce qu’il a. Si vous ne deviez vous fier qu’au chronomètre, vous pourriez vous tromper, mais si vous combinez ça avec les explications qu’il donne, alors vous savez que le développement est sur la bonne voie. En fait, énormément de ses commentaires coïncident avec ceux de Pecco [Bagnaia], dont nous savons qu’il est également très sensible.
En le voyant sur la moto, on remarque que sa position, en raison des multiples opérations qu’il a subies au bras droit, n’est pas tout à fait naturelle. Cette limitation a-t-elle un impact sur les données ?
Ça ne se voit pas sur les données. Ce que nous voyons, c’est qu’il a quelques difficultés dans certains virages à droite, mais il dit qu’il a toujours eu ces problèmes, donc je pense que c’est davantage lié à son pilotage. En raison des opérations qu’il a cumulées au niveau du bras, il a du mal à trouver une position confortable, car il manque de force.

Marc Márquez n’a rien laissé à la concurrence pour sa première saison dans l’équipe d’usine Ducati.
Photo de : Ducati Corse
Sans cette limitation, irait-il encore plus vite ?
Peut-être, mais il se peut aussi que l’épreuve qu’il a traversée lui ait permis de progresser sur le plan mental. Ce n’est pas qu’une question physique, et toutes ces opérations l’ont probablement amené à s’améliorer dans d’autres domaines, comme la gestion des risques. Cette année, par exemple, il est tombé beaucoup moins souvent que d’habitude.
Trouvez-vous surprenant qu’un pilote qui a remporté autant de victoires n’ait pas de mal à admettre ouvertement ses erreurs lorsqu’il en commet ?
Travailler avec Marc est facile car il fait en sorte que ça le soit. Quand il y a une baisse de performance, il vous explique d’où elle vient. En cas de chute, c’est la même chose. Quand il en est responsable, il l’assume sans aucun problème. Il nous dit parfois qu’il y a des choses qui ne lui réussissent pas, parce que c’était déjà le cas quand il était chez Honda, ou même en Moto2. Ça apporte beaucoup de sérénité.
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| Lire l'article complet - Auteur de l'article : Oriol Puigdemont |

