Extrait de cet article : post publié sur Motorsport.com
Son neuvième titre mondial, le septième dans la catégorie MotoGP, ancre un peu plus Marc Márquez dans l’histoire la plus illustre du sport. Il marque surtout son grand retour au sommet alors qu’une chute a failli mettre un terme à sa carrière il y a cinq ans. Rares sont ceux qui ont pu réaliser un tel comeback alors que leur parcours avait soudainement vacillé, mais une fois encore le nom de Márquez croise celui d’un certain Mick Doohan.
Au moment de son accident, à Jerez, un parallèle s’était déjà établi, les deux hommes ayant été gravement blessés dans le même virage. Ils ont aussi péché par la même impatience en cherchant à remonter en selle trop vite, risquant alors de graves séquelles.
Márquez a repris la piste quatre jours seulement après avoir été opéré d’une fracture de l’humérus droit, pour finalement renoncer et même se blesser à nouveau quelques jours plus tard, à la suite d’un simple geste de la vie quotidienne qui s’est révélé excessif pour un bras profondément affaibli. Pour Doohan, l’issue a été bien plus mauvaise, puisque les blessures contractées ce jour-là et ses efforts pour une reprise prématurée ont fini par précipiter la fin de sa carrière.
Mais quelques années plus tôt, l’Australien avait déjà vécu des événements très graves et, comme Marc Márquez en 2020, il a cru que tout allait s’arrêter mais a finalement réussi à retrouver le sommet.
Assen 1992 : le jour où Doohan a failli être amputé
Nous sommes en 1992. Pour la première fois, Dorna Sports est aux manettes des Grands Prix moto après en avoir acquis les droits commerciaux. La catégorie 500cc vit son âge d’or, avec pour leaders Wayne Rainey, champion du monde en titre sur Yamaha, son coéquipier John Kocinski, son grand rival Kevin Schwantz, les champions en fin de carrière que sont Wayne Gardner et Eddie Lawson, ou encore l’éternel outsider Randy Mamola.
Mais parmi tous ces noms, il y en a un qui gravit les échelons à une vitesse fracassante, un certain Michael Doohan, vite rebaptisé Mick. L’Australien, né à Gold Coast en 1965 et venu du Superbike, a fait ses débuts dans la catégorie reine avec Honda en 1989. Après une belle année d’adaptation avec un premier podium à la clé, il a ouvert son compteur de victoires en 1990, au Hungaroring, et a été en 1991 la principale menace pour Rainey, n’échouant qu’à neuf points de l’Américain.
En 1992, donc, tous les regards sont tournés vers la Yamaha #1 et la Honda #3. Doohan réalise un début de saison fulgurant en remportant les courses de Suzuka (Japon), Eastern Creek (Australie), Shah Alam (Malaisie) et Jerez (Espagne), avant de se classer deuxième aux GP d’Italie et d’Europe et de gagner à nouveau en Allemagne.
Lorsqu’il se présente à Assen, à la fin du mois de juin, Doohan a 53 points d’avance sur Rainey, dont le début de championnat a été bien plus difficile et qui ne compte qu’une victoire et trois deuxièmes places comme résultats probants. Il s’agit du huitième Grand Prix sur les 13 prévus cette année-là et l’Australien a déjà une possibilité de remporter le championnat à condition de s’imposer dans “la Cathédrale”, sur l’un des circuits les plus difficiles qui soient.
Une malheureuse chute lors des qualifications compromet toutefois ses plans. La Honda NSR500 glisse sur une tache d’huile laissée par une autre moto et Doohan tombe. Traîné par sa machine, il se fracture la jambe droite. Il s’agit d’une fracture distale du tibia, avec déplacement, que le pilote décide de faire opérer le jour-même après avoir discuté avec le Dr Claudio Costa, alors à la tête de la Clinica Mobile. Le titre est en jeu et Doohan veut agir vite.

Mick Doohan après sa blessure au GP des Pays-Bas 1992.
Photo de: Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images
Sauf que les choses se passent mal à l’hôpital d’Assen. Doohan affirmera par la suite que le médecin néerlandais a voulu mettre fin à sa carrière : “Je l’ai entendu dire à Schwantz [également blessé ce week-end-là, ndlr] qu’il n’avait aucun respect pour nous, car nous étions responsables de nos propres blessures. Il voulait mettre fin à ma carrière”.
Doohan subit une première opération sans anesthésie générale, puis une seconde intervention. Des complications surviennent et le pilote racontera avoir dû demander lui-même que ses bandages soient changés, sentant une infection attaquer sa chair. Le médecin néerlandais l’avertit alors : sans amélioration dans les 24 heures, il faudra l’amputer.
C’est alors que le Dr Costa, appelé au secours par Doohan, fait sortir l’Australien de force de l’hôpital – emmenant également Schwantz au passage – pour le soigner en Italie. Là, le médecin se bat d’abord pour stabiliser le pilote, qui a perdu beaucoup de sang. Au bout d’une semaine, la situation ne s’améliore pas et décision est prise d’utiliser le sang de la jambe gauche pour sauver la droite. Les deux membres sont liés pendant plusieurs semaines, la jambe saine irrigue celle blessée et sauve le pilote.
Doohan se lance alors dans une convalescence contre la montre (et dangereuse) pour tenter de remonter sur sa Honda au Brésil, près de deux mois plus tard. Il y parvient et compte encore 22 points d’avance sur Rainey, qui vient de faire cinquième au Hungaroring, deuxième à Donington et de gagner au Paul Ricard.

Mick Doohan lors de son retour au GP du Brésil 1992.
Photo de: Clinica Mobile
En réalité, Doohan ne peut même pas marcher lorsqu’il dispute cette course, qu’il termine hors des points alors que Rainey s’impose. Le titre se joue finalement à Kyalami et le championnat bascule en faveur de Rainey pour quatre points, malgré la sixième place arrachée en Afrique du Sud par Doohan.
Deux ans plus tard, le début de l’ère Doohan
Après cet échec, Mick Doohan n’a qu’une idée en tête : gagner le championnat. Cela ne se concrétise pas en 1993, où Kevin Schwantz est titré au guidon de sa mythique Suzuki n°34 aux couleurs de Lucky Strike. Encore marqué par les séquelles de son accident, l’Australien doit se contenter de la quatrième place au classement général, mais il a tout de même renoué avec le succès au Mugello.
Cette saison n’est que le prélude à l’ère Doohan. En 1994, la jambe droite de l’Australien est redevenue plus droite, grâce à un fixateur posé par un chirurgien californien. Cela l’aide à mieux piloter, à se rapprocher de son ancien style, et il cumule les victoires. Il remportera pas moins de cinq titres mondiaux consécutifs entre 1994 et 1998. Durant ces cinq années, il totalisera 44 victoires, 61 podiums et 43 pole positions en 71 courses.
La saison 1997 est particulièrement extraordinaire, avec 12 victoires (dont dix consécutives) et deux deuxièmes places en 15 courses. Cette année-là, il n’échoue qu’à la dernière course, précisément chez lui, à Phillip Island. Un exploit et des statistiques qui ne sont pas sans rappeler les réalisations de Marc Márquez.

Mick Doohan, le jour de son titre au GP d’Australie 1998.
Photo de: Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images
Mick Doohan aura laissé dans l’histoire des Grands Prix moto le souvenir d’un immense champion mais aussi celui d’un pilote capable de surmonter la douleur et la peur de ne pas pouvoir revenir à la compétition.
Trois décennies plus tard donc, Marc Márquez a lui aussi connu le doute et la peur que sa carrière puisse être derrière lui. Il avait livré en 2019 la saison la plus éblouissante de son parcours, cumulant victoires et deuxièmes places pour coiffer sa sixième couronne MotoGP, avant finalement de se blesser dès le premier Grand Prix d’une saison 2020 retardée par le Covid.
Face à la gravité de sa blessure au bras, il a fini par manquer l’intégralité de ce championnat, puis il a connu une reprise progressive, entre des opérations tardives sur cet humérus abîmé et le retour d’un autre mal, la diplopie dont il a parfois souffert après des chocs à la tête.
Lorsqu’il a été complètement remis, en 2023, Márquez s’est retrouvé confronté à une autre situation complexe, cette fois-ci sur le plan technique : sa Honda n’était plus en mesure de se battre pour les meilleures places. Après une année éprouvante, marquée par d’innombrables problèmes, l’Espagnol a fini par quitter son constructeur et rejoindre l’équipe Gresini Racing, structure satellite de Ducati, où il a retrouvé ses sensations.
Il a fait son retour à la victoire en 2024, après 1043 jours sans soulever de trophée, et a ensuite franchi l’étape décisive en intégrant l’équipe d’usine Ducati cette année. Un championnat parfaitement réussi l’a ramené au sommet pour finalement fêter un nouveau titre, 2184 jours après le précédent.
Difficile de dire aujourd’hui lequel de ces deux comebacks est le plus grand retour d’un champion dans l’histoire des courses moto, mais Marc Márquez et Mick Doohan sont décidément taillé dans le même bois !
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| Lire l'article complet - Auteur de l'article : Rubén Carballo Rosa |

