Aprilia doit encore progresser : “Ça n’est pas suffisant”

Extrait de cet article : post publié sur Motorsport.com

Cette année, Ducati a été battue par deux marques. Il y a d’abord eu la superbe victoire de Honda, portée par Johann Zarco, dans les conditions très perturbées du GP de France. Puis c’est Aprilia qui a connu le succès dans la foulée, à Silverstone, cette fois sur le sec. Pour l’emporter, Marco Bezzecchi avait pu compter sur l’abandon pour cause de défaillance mécanique de Fabio Quartararo. En revanche, lorsqu’il a réédité cette victoire et même élevé notablement sa courbe de résultats en fin de saison, il ne le devait qu’à lui-même et à sa moto.

Au total, Aprilia a remporté quatre Grands Prix et trois courses sprints cette saison, succès auxquels a pris part Raúl Fernández en fin de championnat même si c’est Bezzecchi qui a fait office de leader du groupe. Au cœur d’un cycle victorieux de Ducati, cette progression de la marque de Noale fait naître chez certains un espoir de rupture, pourtant vite atténué par le décryptage des résultats qui montrent une hégémonie encore nette de la part de la marque basée à Borgo Panigale. Sa cousine vénitienne a, certes, franchi des étapes importantes en 2025, cependant ses responsables eux-mêmes ont conscience que le chemin reste plus long qu’il y paraît.

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Même si Massimo Rivola a annoncé vouloir viser le titre avec ses deux pilotes en 2026, la prudence reste de mise. Ducati a décroché les quatre dernières couronnes, et ce avec trois pilotes différents, en plus de son invincibilité au championnat constructeurs depuis cinq ans. Aussi, lorsque l’on demande à son directeur technique le pourcentage manquant aujourd’hui à Aprilia pour surpasser les Rouges en 2026, celui-ci insiste sur la lucidité à avoir avant de lancer de tels pronostics.

“Je pense que vous avez mal posé la question”, a répondu Fabiano Sterlacchini, interrogé après le dernier Grand Prix de la saison, “car il n’y a qu’une seule manière d’améliorer ses performances, c’est de le faire par rapport à sa moto précédente. Donc nous regardons évidemment quel est notre niveau actuel, et il est extrêmement important qu’en 2026, nous repartions au moins en étant au même niveau que là où nous avons terminé cette saison.”

“Nous montrons clairement que nous avons beaucoup amélioré notre niveau et que nous nous sommes rapprochés des autres. Pour être honnête, si l’on regarde les performances de Honda et de KTM, particulièrement d’Acosta pour ce qui est de KTM et Mir, ainsi que parfois Marini, chez Honda, elles montrent une croissance. Nous devons donc nous référer au reste du championnat, pas seulement à Ducati. Mais comme je l’ai dit, nous devons aussi nous référer à notre propre niveau et à la manière dont nous pouvons nous améliorer.”

Marco Bezzecchi a placé Aprilia très haut en 2025.

Marco Bezzecchi a placé Aprilia très haut en 2025.

Photo de: Steve Wobser / Getty Images

Se concentrer sur soi-même, c’est également le mantra de Massimo Rivola. Dès le Portugal, lorsqu’il lui était demandé si la victoire de Marco Bezzecchi sur ce circuit était un signe que l’Aprilia se rapprochait de plus en plus de la Ducati, le PDG répondait : “Je pense que notre objectif est d’abord de nous améliorer nous-mêmes.”

“Nous regardons ce qui se passe chez nous, pas chez les autres”, a détaillé Rivola. “L’objectif est de battre Marc [Márquez] en piste à l’avenir. Nous savons qu’il est la référence et que nous devons travailler. Et nous savons que cette saison, ça n’est pas suffisant. Il est évident que les autres ne vont pas dormir, donc si nous pensions que ça suffit pour se battre pour le titre l’année prochaine, nous pourrions déjà l’oublier. Nous allons travailler dur pour cela.”

Mieux entamer les week-ends est une obligation

Battre Ducati signifie, aux yeux de Marco Bezzecchi, disposer d’une moto performante absolument partout et partir d’emblée sur un gros rythme, sans laisser filer les opportunités en début de championnat. C’est aussi savoir gagner en performance sur les fins de course où les pilotes de Borgo Panigale sont capables de sortir le grand jeu.

L’autre aspect perfectible sur lequel s’accordent le pilote italien et ses patrons, c’est l’obligation de mieux entamer les week-ends, chaque vendredi lointain ayant un impact immédiat sur les chances de victoire. Ainsi, même dans la dernière partie de la saison où il est apparu particulièrement compétitif, Bezzecchi a souvent eu l’idée qu’il était trop distancé lors des premiers essais.

“Il manque encore quelque chose. On voit qu’on souffre un peu plus sur certaines pistes, et tous les vendredis on est un peu loin. On doit tout le temps repartir à zéro”, regrettait-il au Portugal, alors qu’il fêtait une nouvelle victoire.

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“Il arrive que nous ne soyons pas prêts le vendredi”, concède Massimo Rivola, “simplement parce que la moto est assez différente et que les simulations ne reproduisent pas toujours le fait qu’elle a tellement changé par rapport à ce qu’elle était dans le passé. Donc chaque fois que nous sommes un peu en retard le vendredi, nous avons un peu de mal, car si vous manquez la Q2, la plupart du temps, le week-end en est changé. Après, il y a eu par exemple la Hongrie, où même en étant passé par la Q1, [Marco] s’est qualifié devant et s’est battu pour le podium. Mais, normalement, il faut d’emblée bien partir et être rapide le vendredi.”

Le ciel d'Aprilia s'est soudainement obscurci à Sepang.

Le ciel d’Aprilia s’est soudainement obscurci à Sepang.

Photo de : Shameem Fahath / Motorsport Network

Ce léger handicap a eu des effets variables d’une piste à l’autre. “Sur certains circuits, on a trouvé la bonne direction rapidement. Sur d’autres, comme Spielberg ou la Hongrie, ça a pris jusqu’au samedi matin. Malheureusement, à Sepang, on n’a pas réussi à progresser suffisamment d’un jour à l’autre. On faisait des petits pas, mais ce n’était pas assez”, énumère Bezzecchi.

Des signaux positifs pour la suite

En progrès sur les pistes lentes, l’Aprilia a encore des cases à cocher pour rivaliser avec la quasi-perfection de la Ducati. Certains circuits ont en effet posé de grandes difficultés à tout le clan de Noale, tel que Barcelone où la RS-GP était jusqu’ici dominatrice, ou encore Sepang. “Le résultat qu’on a obtenu en Malaisie parle clairement, on a eu du mal, c’est indéniable”, admet volontiers Bezzecchi.

À l’exception de ces épreuves particulièrement compliquées, l’Aprilia semble bel et bien capable de gagner en compétitivité au fil des jours, jusqu’à devenir une arme redoutable pour ses pilotes, et particulièrement Bezzecchi, le dimanche. Malgré l’absence de Marc Márquez pour jauger son niveau de façon plus fiable en fin de saison, l’Italien veut croire qu’une dynamique gagnante se met effectivement en place au cours du week-end, et que l’anticiper serait donc synonyme d’un autre pas en avant notable.

“Jour après jour, on arrive à progresser. J’ai toujours cru au projet et j’ai toujours eu confiance en ma moto. Les ingénieurs et toute l’usine, à Noale, travaillent toujours très bien. Au début, on a eu un peu de mal mais après, on a pu progresser. C’est sûr qu’on n’est pas encore au niveau de Marc ou d’Álex. Je pense qu’on peut se battre avec Pedro [Acosta], qui a aussi été super bon dans la deuxième partie de la saison, mais il faut qu’on travaille encore, qu’on continue à progresser et j’espère que l’on pourra rapidement atteindre leur niveau.”

Raul Fernandez a gagné en Australie et contribué au doublé Aprilia à Valence.

Raúl Fernández a gagné en Australie et contribué au doublé Aprilia à Valence.

Photo de : Javier Soriano – AFP – Getty Images

Le directeur technique aussi voit des signaux positifs dans cette fin de championnat, mais sans se laisser déborder par son enthousiasme. “Nous avons clairement eu de bonnes performances lors des dernières courses. Il est certain que nous avons progressé, mais il faut garder les pieds sur terre”, tient à prévenir Fabiano Sterlacchini.

Si 2026 imposera de rectifier ce qui reste perfectible, il y aura aussi ce que l’expérience d’une saison aussi riche pourra apporter au binôme Bezzecchi-Aprilia. “Cela a été une longue aventure jusqu’à maintenant. On était assez loin au début, lors des essais pré-saison. On a progressé jour après jour, heure après heure sur la moto”, observe le pilote.

“Les gars ont super bien travaillé, en particulier toute l’usine. Ils ont toujours fait des analyses et des études, 24h/24 et 7j/7, et il y a eu le travail en piste avec les ingénieurs et Fabiano, mais aussi Sava [Lorenzo Savadori] qui a beaucoup aidé à améliorer la moto. En roulant de plus en plus, j’ai de mieux en mieux connu la moto, on a construit quelque chose de meilleur jour après jour.”

“Je pense qu’avec les nouveaux pilotes, nous avons exploré une nouvelle voie. Nous avons essayé de progresser. Grâce au travail fantastique de Marco et de tout le monde à Noale et en piste, nous avons fait pas mal de progrès sur la moto. Nous continuons à travailler et je pense que nous pouvons maintenant être satisfaits de là où nous nous situons”, réagit le directeur technique. La suite est donc désormais à écrire.

Avec Vincent Lalanne-Sicaud et Téha Courbon

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Lire l'article complet - Auteur de l'article : Léna Buffa
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