Extrait de cet article : post publié sur Motorsport.com
L’un des grands centres d’intérêts des premiers essais de l’année était de pouvoir commencer à évaluer le niveau de Toprak Razgatlioglu au guidon d’une MotoGP, et en conséquence cerner ce que peuvent être ses objectifs réalistes pour sa première saison. Or, les attentes qui entourent la star turque ont semblé prendre une douche froide lorsqu’il s’est heurté à la réalité d’une Yamaha aux limites évidentes et de sa propre adaptation à la catégorie, qui nécessitera du temps.
Razgatlioglu a terminé ce premier test collectif à la 18e place au classement combiné des trois jours, son time attack l’ayant placé à près de deux secondes du meilleur temps d’Álex Márquez (Ducati) et à huit dixièmes d’Álex Rins, premier représentants Yamaha. Son rythme sur la distance n’était pas meilleur, et il a observé la situation avec honnêteté et franc-parler.
En bouclant ces essais, il avouait sa déception face à ses chronos, trois mois et demi seulement après avoir décroché son troisième titre mondial : “Pour moi, ça n’est pas facile quand je regarde l’écran et que je vois mon nom [là], surtout après le Superbike.”
Le nouveau pilote Pramac a admis ses difficultés à s’incliner et à emmener une grande vitesse de passage dans les longs virages, mais aussi une gêne face à une roue arrière qui patine trop à la relance alors qu’il est habitué à beaucoup la solliciter. Il a admis son besoin de changer en profondeur son pilotage, se sachant trop agressif pour cette MotoGP, mais avoue qu’il peine pour le moment à s’y plier.
Razgatlioglu a d’ores et déjà demandé certaines modifications sur la M1 afin de faciliter sa transition depuis la R1 qu’il pilotait en WorldSBK, avec notamment un demi-guidon plus large. Quant au fait qu’il se sente plus à l’aise en s’appuyant davantage sur l’arrière de la moto, cela a entraîné d’autres contraintes en termes de hauteur maximale pouvant être atteinte par le dosseret de selle et l’a obligé à prendre plusieurs fois la piste sans ailerons arrière, avec le déficit aérodynamique que cela implique.
Un recrutement qui porte la marque de Paolo Pavesio
Malgré la déception causée par son passage à Sepang, les débuts de Toprak Razgatlioglu en MotoGP ne diffèrent pas beaucoup de ceux qui ont fait ce saut depuis le WorldSBK avant lui. La question est de savoir s’il parviendra à s’adapter et en combien de temps ?
Son objectif est probablement de suivre les traces de Ben Spies, qui a fait ses débuts en MotoGP en 2010, également avec Yamaha, l’année suivant son sacre en Superbike, et qui a obtenu de premiers podiums dès sa première saison complète, puis a remporté un Grand Prix en 2011 et s’est classé cinquième au championnat. Le contexte est toutefois différent, avec entre autres éléments notables à prendre en compte le chamboulement dans lequel se lance Yamaha en adoptant un V4 et le changement de règlement et de pneus qui interviendra l’an prochain.

Toprak Razgatlioglu a commencé à faire le show avec Jack Miller, son coéquipier chez Pramac Racing.
Photo de : MotoGP
Le charisme de Razgatlioglu est incontestable, et il est salué dans tout le paddock. Il suffit d’échanger quelques mots avec n’importe quel membre de Yamaha pour se rendre compte des espoirs qui sont placés en lui. “Pavesio est ‘amoureux’ de lui”, entend-on sans cesse de la bouche de personnes travaillant pour la marque aux diapasons et évoquant le directeur exécutif de Yamaha Motor Racing, remplaçant de Lin Jarvis.
Le lien entre Paolo Pavesio et le pilote turc remonte à loin, à l’époque où tous deux cohabitaient dans la formation Yamaha engagée en WorldSBK. Et ce recrutement porte la signature du responsable italien, même si cette dévotion suscite certaines réserves chez certains membres importants de la structure.
Aujourd’hui, alors que le marché des transferts est en effervescence, certains vont jusqu’à désigner Toprak Razgatlioglu comme l’un des candidats à l’équipe d’usine pour 2027, aux côtés de Jorge Martín.
Chez Pramac aussi, on est déjà très attaché à ce jeune homme avec qui il est agréable de travailler. Gino Borsoi, directeur de l’équipe de Paolo Campinoti, loue un garçon bien éduqué, avec lequel il est “facile de travailler”. Le charisme de Razgatlioglu ne se limite pas à ceux qui travaillent quotidiennement avec lui et s’étend au reste du paddock, où l’on perçoit son potentiel. “Toprak est un pilote rapide, cela ne fait aucun doute. Je pense qu’il finira par être compétitif”, affirme l’un des responsables de Ducati.
Cependant, la phase d’adaptation dans laquelle il plonge actuellement, avec un point de départ de toute évidence plus lointain que ce qu’il avait imaginé, place Razgatlioglu face à un défi d’ampleur.
“Le problème, c’est qu’il doit s’adapter au MotoGP, et ce à tous les niveaux, pas seulement en matière de pilotage. Il arrive d’un championnat dont le niveau est manifestement inférieur à celui-ci. Cette grille rassemble la crème de la crème, et je pense qu’il s’en est rendu compte ces derniers jours”, poursuit ce personnage hautement expérimenté.
Et ce témoin d’ajouter : “Comme pour la plupart des pilotes, son entourage peut l’aider ou le gêner pendant cette période d’adaptation. Dans son cas, j’ai l’impression qu’on n’a cessé de lui répéter à quel point il est bon, ce qui est peut-être vrai. Mais il y a des moments où cela n’aide pas, et où il faut parler clairement et dire des choses qui ne sont probablement pas agréables à entendre.”
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| Lire l'article complet - Auteur de l'article : Oriol Puigdemont |

