Débuts compliqués pour Razgatlioglu, entre agacement et frustration

Extrait de cet article : post publié sur Motorsport.com

Toprak Razgatlioglu a admis s’être senti “en colère” et avoir vu sa motivation s’effriter ce matin, alors qu’il entamait son cinquième jour de test de l’année au guidon de la Yamaha MotoGP. Après une journée de repos forcé, dû au problème moteur sur lequel le constructeur enquêtait, le Turc a repris la piste pour conclure ces essais à Sepang, où il roulait déjà la semaine dernière lors du shakedown grâce à son statut de rookie.

Or, malgré toute l’expérience engrangée sur quelques jours, Razgatlioglu s’agace quelque peu de ne pas voir arriver les progrès auxquels il aspire. Ce jeudi, il a établi un meilleur temps personnel de 1’58″326, ce qui le place en 18e position au classement, à près de deux secondes d’Álex Márquez avec sa Ducati de tête. Ce chrono du pilote Pramac le positionne aussi à plus de sept dixièmes de la Yamaha la plus rapide du jour, celle d’Álex Rins, et ce sans la référence qu’aurait probablement été Fabio Quartararo s’il ne s’était pas blessé mardi.

Pour un pilote qui a remporté trois titres en WorldSBK, s’adapter à cette nouvelle réalité s’avère pour le moment très difficile, et il ne s’en cache pas. “J’ai appris quelque chose, mais pas beaucoup, car j’essaie toujours de changer mon style de pilotage”, admet Toprak Razgatlioglu. “Et surtout, ce matin, on n’a pas vraiment bien commencé et j’étais aussi un peu en colère parce que les chronos n’arrivaient pas. Cet après-midi, par contre, en pneus neufs, on a trouvé un bon set-up et je pense que c’était un peu mieux.”

“Avec les pneus neufs, j’ai suivi Jack [Miller], juste pour comprendre les virages, car il est très fort dans les longs virages. Au freinage, ça va, je suis fort, je freine fort et j’arrête la moto, c’est parfait. Mais je ne comprends toujours pas les longs virages. Aussi, c’est parfait désormais avec le pneu avant, par contre ça reste difficile avec le pneu arrière. Ils sont très sensibles et ça n’est pas facile de comprendre le grip offert par le pneu.”

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De toute évidence, Razgatlioglu s’était fixé un objectif clair, qu’il regrette amèrement de ne pas avoir atteint. “En fait, je m’attendais à faire 1’57  peut-être 1’57″7 ou 1’57″6  mais je ne l’ai pas fait. Aujourd’hui, quand j’ai commencé, c’était tellement difficile. Et puis, ma motivation baissait parce que j’avais beau rouler comme avant, je n’arrivais pas à améliorer mes chronos.”

“À la fin de la journée, j’ai trouvé le rythme, mais j’ai aussi utilisé deux pneus neufs. […] Je n’ai fait que 1’58″3. Mon temps idéal était de 1’58″1 ou 1’58″0, je ne sais pas, mais encore une fois, ça n’est pas 1’57. Si j’avais atteint 1’57 aujourd’hui, ça aurait été vraiment bien pour moi, mais de toute façon, j’ai peut-être besoin de temps pour comprendre.”

Interrogé pour savoir si ces difficultés l’inquiètent ou si, au fond de lui, il sait que ça n’est qu’une question de temps, Razgatlioglu avoue en toute franchise : “Pour moi, ça n’est pas facile quand je regarde l’écran et que je vois mon nom [là], surtout après le Superbike, mais j’essaie d’apprendre rapidement. J’espère qu’on va remonter  je ne sais pas si c’est possible, mais j’essaie de me donner à fond chaque jour.”

Où sont les difficultés de Razgatlioglu avec sa MotoGP ?

L’adaptation pour le moment relativement lente de Toprak Razgatlioglu à sa MotoGP peut s’expliquer par plusieurs facteurs. Tout d’abord, il doit s’adapter aux pneus Michelin, dont le comportement diffère considérablement de celui des pneus Pirelli auxquels il a été habitué en WorldSBK. Son arrivée dans le championnat s’inscrit dans le contexte du changement de manufacturier qui s’opérera l’année prochaine, mais pour l’instant, il doit comprendre l’ADN des pneus clermontois, qu’il trouve “sensibles”.

“Ces pneus sont un peu différents des Pirelli. Avec les Pirelli, quand on sent le patinage, c’est facile à gérer. Mais les Michelin, quand ils patinent, [la moto] ne s’arrête plus. C’est un peu difficile à comprendre. Les autres pilotes connaissent ces pneus et c’est peut-être facile à gérer [pour eux], mais pour moi, c’est vraiment difficile.”

Toprak Razgatlioglu, Pramac Racing

Toprak Razgatlioglu (Pramac Racing)

Photo : Hazrin Yeob Men Shah / Icon Sportswire via Getty Images

Razgatlioglu explique aussi que, bien qu’il ait finalement réussi à trouver son rythme en pneus usés, malgré l’absence d’une simulation de course complète, il a particulièrement souffert lorsque des pneus neufs ont été montés sur sa moto.

“Quand je roule en pneus neufs, j’ai beaucoup de mal à attendre longtemps avant d’accélérer, parce qu’en Superbike, j’utilise tout le temps le pneu arrière pour tourner. En Superbike, on ne tourne pas comme en MotoGP, j’utilise tout le temps le pneu arrière pour glisser, accélérer et prendre une bonne accélération. Or, en MotoGP, c’est le contraire, il faut rouler comme en Moto2 et ouvrir les gaz très doucement, car ces pneus sont très sensibles, surtout les pneus arrière.”

“J’essaie de m’adapter, mon équipe me dit tout le temps de piloter en douceur, mais c’est facile à dire ! [rires] En arrivant du Superbike, c’est très difficile.”

 

En dehors des pneus, le Turc doit aussi adapter son pilotage non seulement à la MotoGP, mais plus spécifiquement à la Yamaha YZR-M1. Si la différence de rythme entre une Superbike et une MotoGP n’est pas aussi importante qu’on pourrait le penser, les deux motos nécessitent d’être pilotées de manière complètement différente pour qu’elles livrent leurs performances maximales.

Or, jusqu’à présent, Razgatlioglu a réussi à transposer son style agressif au niveau des freinages qu’il applique à sa nouvelle moto, cependant il rencontre clairement des difficultés dans d’autres phases du pilotage.

“Sur les freins, ça n’est pas mal, maintenant je prends du plaisir. Par contre, par rapport à la vitesse dans les virages, c’est un peu difficile. Ce matin aussi, j’ai vu Álex Márquez : sa moto a un turning incroyable et une très bonne accélération, elle a un meilleur grip.”

“Ça, c’est un peu difficile pour moi. J’essaie de rouler comme lui, mais la moto ne tourne pas, on perd un peu. OK, c’est peut-être aussi une question de réglages, pas seulement mon style de pilotage, mais il faut qu’on trouve quelque chose pour la course.”

Toprak Razgatlioglu, Pramac Racing

La Ducati d’Álex Márquez ferait-elle déjà envie à Toprak Razgatlioglu ?

Photo : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images

Razgatlioglu a pu essayer un guidon différent cette semaine, mais cela s’est aussi accompagné de certains compromis. “Actuellement, c’est comme si je roulais sur une moto de tourisme”, décrit-il. “J’essaie simplement d’adopter le même style qu’en Superbike. Alors, oui, dans certains domaines, je me sens parfaitement à l’aise, notamment au niveau des freinages car j’ai beaucoup de puissance avec ce guidon. Par contre, je perds en ligne droite.”

“Je perds un peu en vitesse de pointe et peut-être aussi un peu dans les virages, car ce guidon est haut et j’ai du mal à me pencher et à m’abaisser. Et puis, ça n’est pas mon style habituel, généralement je ne m’abaisse pas. Mais j’essaie de changer mon pilotage à présent, car c’est nécessaire en MotoGP.”

Cinq Grands Prix nécessaires pour s’adapter ?

Razgatlioglu a encore deux jours de test avant de disputer son premier Grand Prix, ceux qui sont programmés en Thaïlande dans un peu plus de deux semaines. Il a pour objectif d’y réaliser une simulation de course afin de se préparer au mieux, mais estime déjà qu’il ne sera pas totalement à l’aise avant le début de la saison européenne.

“J’ai besoin de plus de temps pour comprendre. Ce test est terminé, il nous reste deux jours en Thaïlande et on va peut-être essayer des réglages différents parce qu’ici, on n’a pas touché aux réglages de suspension, on a juste essayé de nouvelles pièces et on s’est concentrés sur le pilotage. Mais maintenant, on semble avoir besoin de réglages de suspension différents, car j’ai besoin d’aide pour les virages et d’une meilleure adhérence. On verra en Thaïlande.” 

“Je pense que ça va être très difficile pour moi pendant cinq courses”, juge-t-il d’ores et déjà, “car je dois comprendre les pneus. Et je dois peut-être faire une simulation de course, parce que je ne connais toujours pas notre potentiel après 12 tours, mais on verra en Thaïlande, je ferai peut-être une simulation de course.”

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Lire l'article complet - Auteur de l'article : Rachit Thukral
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