Extrait de cet article : post publié sur Auto-moto | MotoGP
Le roi est tombé. Il s’est relevé. Pendant six ans, Marc Márquez a été un fantôme qui hantait le MotoGP. Présent sur la grille, omniprésent dans les conversations, mais rarement au centre du jeu. Blessé, diminué, parfois brisé, souvent remis en question. En 2025, ce spectre a repris corps. Et il a tout emporté.
Ce qui s’est produit cette saison-là dépasse la simple reconquête d’un titre. Ce n’est pas l’histoire d’un champion qui retrouve “son” niveau. C’est celle d’un pilote qui s’est reconstruit autrement, qui a changé ses armes, son rapport au risque, sa lecture du jeu. Et qui, paradoxalement, a dominé comme jamais.
L’enquête commence ici : comment Marc Márquez, que beaucoup imaginaient sur la pente descendante, a-t-il pu transformer une renaissance en écrasement méthodique du championnat MotoGP 2025 ?
2025, l’année où Márquez a repris le contrôle
Il faut revenir au tout début pour comprendre l’ampleur du basculement. Marc Márquez arrive chez Ducati Lenovo en 2025 sans certitude absolue. Oui, son année 2024 chez Gresini a été convaincante. Oui, il a gagné à nouveau. Mais personne — pas même lui — ne sait s’il peut tenir une saison entière au plus haut niveau, physiquement comme mentalement.
Les premiers Grands Prix dissipent rapidement le doute. Pas par une domination immédiate, mais par quelque chose de plus inquiétant encore pour ses adversaires : la maîtrise. Márquez ne force plus. Il observe, calcule, temporise. Là où le Marc des années Honda attaquait en permanence, celui de 2025 choisit ses moments. Le changement est radical.
Le tournant intervient très tôt, au Qatar. Un circuit historiquement hostile à son style. Après une erreur à Austin, beaucoup attendent une réaction nerveuse. Márquez répond par un week-end parfait : sprint et Grand Prix, 37 points, sans excès. Plus tard, il le reconnaîtra lui-même : c’est là qu’il comprend que cette saison peut être différente.
À partir de ce moment, la dynamique devient implacable. Il enchaîne, entre Aragon et la Hongrie, sept week-ends consécutifs sans défaite, tous formats confondus. Une régularité chirurgicale dans un MotoGP pourtant plus dense que jamais. Là où d’autres alternent éclairs et passages à vide, Márquez empile les résultats, week-end après week-end, sans bruit, sans déclaration tapageuse.
Motegi, le 28 septembre 2025, agit comme une synthèse parfaite de cette nouvelle version du n°93. Il n’a pas besoin de gagner. Il n’en a même pas envie. Parti troisième, il se contente de contrôler, de laisser venir, de sécuriser. Lorsque la Ducati de Bagnaia fume en tête, Márquez ne cède pas à l’instinct. Il ne tente rien. Il termine deuxième. Et devient champion du monde.
Ce choix, anodin en apparence, dit tout de sa transformation. Le Marc Márquez de 2014 aurait attaqué. Celui de 2025 pense championnat. Il ne roule plus contre les autres. Il roule contre le temps, les statistiques, l’histoire.
Elle est dans sa capacité à gagner sur des circuits qui ne lui convenaient pas. Dans son calme retrouvé après l’erreur. Dans sa faculté à faire dérailler psychologiquement ses rivaux — y compris son propre coéquipier. Bagnaia, double champion du monde, n’a jamais trouvé la clé. Acosta a impressionné sans jamais menacer. Bezzecchi a progressé, sans s’approcher. Les autres ont regardé.
Marc Márquez n’a pas seulement gagné le championnat 2025. Il a imposé un rythme que personne n’a été capable de suivre. Et surtout, il l’a fait sans donner le sentiment de forcer. C’est peut-être là que réside la clé de l’enquête : en 2025, Marc Márquez n’a pas cherché à prouver qu’il était encore le meilleur. Il a roulé comme quelqu’un qui le savait déjà.
Marc Marquez a dominé cette saison 2025.
Pourquoi Marc Márquez est au-dessus du lot ?
Dire que Marc Márquez a été champion en 2025 ne suffit pas. La vraie question est comment il l’a été, et surtout pourquoi personne n’a pu l’inquiéter, même lorsqu’il a disparu de la piste.
Les chiffres posent d’abord un constat brutal. En 2025, Márquez affiche 11 victoires en Grand Prix, 14 succès en sprint, 15 podiums en 17 courses. Mais surtout, il décroche le titre malgré quatre Grands Prix manqués après sa blessure en Indonésie. Un fait rarissime dans l’histoire moderne du MotoGP. À ce moment-là, son avance est telle que le championnat est déjà verrouillé. Ce n’est pas une domination ponctuelle, c’est une prise de contrôle structurelle.
Cette supériorité s’explique par une évolution profonde de son pilotage. Le Márquez d’avant 2020 gagnait par la prise de risque permanente. Celui de 2025 gagne par l’optimisation. Moins de freinages désespérés, moins d’angles extrêmes, mais une précision clinique dans les phases clés : départs, relances, gestion des pneus. Là où d’autres explosent en fin de course, Márquez progresse.
Son intelligence de course est devenue son arme principale. À Motegi, lors du Grand Prix décisif, il résiste volontairement à la tentation d’attaquer Bagnaia, préférant sécuriser une deuxième place suffisante pour le titre. Même scénario à plusieurs reprises dans la saison : Márquez choisit quand ne pas gagner. Une capacité que seuls les très grands développent.
Comparé à ses rivaux directs, l’écart est frappant. Bagnaia, pourtant double champion du monde, termine la saison à plus de 250 points, incapable de retrouver un feeling constant avec la GP25. Jorge Martín n’a jamais été en mesure de défendre son titre, plombé par les blessures. Pedro Acosta impressionne mais ne gagne pas. Marco Bezzecchi progresse avec Aprilia, sans jamais menacer réellement le leadership du n°93, il s’impose quand le roi n’est plus là.
Enfin, l’épisode indonésien achève de placer Márquez dans une catégorie à part. Blessé, opéré, forfait jusqu’à la fin de la saison… et pourtant champion du monde. Ce n’est plus une question de vitesse. C’est une démonstration de maîtrise totale d’un championnat.
2026 : records, héritage et menace réelle
Avec son septième titre MotoGP, Marc Márquez n’est plus dans une phase de retour. Il est entré dans une phase de conquête historique. En 2026, plusieurs records majeurs deviennent atteignables, et cette fois, ils portent un nom : Valentino Rossi.
Aujourd’hui, Márquez totalise 99 victoires en Grand Prix toutes catégories, contre 115 pour Rossi. L’écart est de 16 succès. Après une saison à 11 victoires, ce chiffre n’a plus rien d’irréaliste, surtout quand la prochaine saison propose 22 rendez-vous. En MotoGP, Rossi en compte 89, Márquez 73. Là encore, 16 victoires pour égaler, 17 pour dépasser. Un scénario qui, avant 2025, relevait de la fiction. Plus maintenant.
Autre marqueur symbolique : l’âge. À 32 ans, Márquez est devenu le champion MotoGP le plus âgé de l’ère moderne. Un nouveau titre en 2026 ferait de lui le plus vieux double champion consécutif, dépassant Rossi. Et au sommet de la pyramide reste Giacomo Agostini, avec ses huit titres en catégorie reine. Une frontière que Márquez n’a jamais semblé aussi proche de franchir.
La vraie question n’est donc plus “peut-il gagner ?” mais qui peut l’en empêcher ?
Quels concurrents pour battre Marquez en 2026 ?
Les rivaux de Marc Márquez : des menaces réelles, mais incomplètes
En 2026, Marc Márquez n’aura pas un adversaire unique, mais une constellation de prétendants. La fin de saison dernière la confirmée, les écarts se resserrent. Ducati n’est plus seul à dominer. Tous rapides, tous dangereux ponctuellement. Aucun, pour l’instant, capable de réunir vitesse brute, constance, intelligence de course et impact psychologique comme lui. Faisons un petit récapitulatif de ceux qui peuvent venir le concurrencer.
Álex Márquez : le rival le plus crédible ?
Longtemps réduit au rôle de “frère de”, Álex Márquez a changé de dimension. Plus constant, plus mature, moins dépendant du chaos de course, il est aujourd’hui l’un des rares capables de suivre le rythme de Marc sur une saison entière. En 2025, Álex Márquez a signé sa saison la plus complète : 2 victoires, 10 podiums, 83 % d’arrivées dans le top 6.
De plus, il connaît ses forces, ses failles, sa façon de lire une course. Reste une question centrale : peut-il attaquer sans retenue celui qui l’a façonné, sans se brider mentalement ?
Francesco Bagnaia : renaissance ou déclin ?
Bagnaia a le palmarès, la méthode et l’expérience. Mais face à Márquez, son MotoGP trop “propre” montre ses limites. La saison dernière a été bien deça des attentes. Avec 2 victoires et 8 podiums, mais aussi 9 courses hors du top 8 dont 7 abandons, un chiffre inédit pour lui dans sa carrière, Ducati attendait mieux. Lorsque la course devient sale, imprévisible, stratégique, Marc impose son tempo. Pecco doit prouver qu’il peut sortir de son logiciel, retrouver une agressivité perdue, et ne plus subir psychologiquement les duels directs.
Marco Bezzecchi : l’alternative sérieuse
Bezzecchi est bien plus qu’un outsider. Vitesse, audace, intelligence de trajectoire : il possède un profil capable de déranger Márquez. Il a été le grand gagnant de la deuxième moitié de 2025. 2 victoires lors des deux dernières courses et surtout une moyenne de points en hausse de +32 % par rapport à la première moitié de saison. Sa progression est linéaire, sa confiance en hausse, et son style rappelle celui des pilotes capables de créer une surprise sur la durée. S’il franchit le cap de la régularité absolue, il peut devenir le vrai caillou dans la botte du roi.
Pedro Acosta : menace différée
Le talent est évident, presque insolent. Acosta attaque comme Márquez à ses débuts, sans filtre. Mais un championnat se gagne avec le cerveau autant qu’avec la poignée de gaz et les chiffres parlent d’eux-mêmes : 4 podiums, mais aussi 6 chutes en courses en 2025 provoquant 4 abandons. Acosta est explosif, souvent le plus rapide en course, parfois le plus imprudent. 2025 etait une année de construction, 2026 doit être celle de la confirmation. Considéré comme le meilleur pilote du plateau en fin de saison, son danger est réel, mais pas encore total.
Jorge Martín : retour incertain
Champion du Monde 2024 et une année quasi blanche en 2025 en raison de plus grosses blessures, Jorge Martin est l’une des plus grosses interrogations pour cette nouvelle année. Même s’il reste l’un des plus rapides du plateau sur un tour, réussira-t-il à retrouver son niveau d’avant ? Pour monter sur la boîte, peut-être, pour battre un Márquez à ce niveau, tout est moins sûr.
Quartararo, Binder, Di Giannantonio, Morbidelli, Aldeguer : outsiders ou figurants ?
Parmi les autres pilotes peut semble être capable d’atteindre le niveau de l’espagnol. Fabio Quartararo a la vitesse mais tout dépendra de sa moto et du nouveau V4 Yamaha. Binder et Di Giannantonio peuvent voler des courses, Morbidelli renaître ponctuellement, Aldeguer apprendre. Mais aucun n’a aujourd’hui l’arsenal complet pour mener une guerre de championnat contre Márquez.
La vérité est simple : Marc Márquez n’est pas seul en tête parce qu’il est le plus rapide, mais parce qu’il est le plus complet. Résilience, intelligence, adaptation, aura mentale. Ses rivaux ont pu le concurrencer sur une petite période en 2025, pas sur toute la saison. Alors qu’un changement d’air arrive à grands pas, les performances entre les constructeurs, semblent plus que jamais se resserrer.
Mais n’oublions jamais qu’en MotoGP, il y a des pilotes. Il y a des champions. Et il y a Márquez.
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Pour résumer
Après six années de blessures et de doutes, Marc Márquez a signé en 2025 un retour hors normes. Plus calculateur et moins instinctif, il a dominé le MotoGP avec une maîtrise inédite, imposant un rythme intouchable malgré plusieurs courses manquées. Plus qu’un titre, il a redéfini la notion de domination et ouvert une nouvelle ère, celle de son grand retour.
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