MotoGP : Yamaha au bord du rebond… ou d’un basculement décisif ?

Extrait de cet article : post publié sur Auto-moto | MotoGP

Sur le papier, le constat est brutal. Yamaha termine la saison 2025 à la dernière place du classement constructeurs, à 38 points de Honda et à plus de 500 unités de Ducati. Les résultats des teams (6e et 11e sur 11) ne racontent pas non plus une histoire glorieuse. Mais pour Paolo Pavesio, Directeur Opérationnel de Yamaha Motor Racing et Team Principal du Monster Energy Yamaha MotoGP, ces chiffres masquent l’essentiel : « Je dirais qu’il y a eu beaucoup d’émotions lorsque j’ai eu l’opportunité, la responsabilité et aussi l’honneur de prendre ce poste… » 

Pavesio décrit une saison vécue comme un changement de culture, où Yamaha a choisi de se réinventer en profondeur. Innovation, mélange des savoir-faire, ouverture à de nouvelles méthodes : le constructeur japonais a engagé un effort inédit, humain, financier et technique, tout en continuant à courir chaque week-end. : « Faire ce que nous essayons de faire, c’est-à-dire courir chaque week-end tout en développant une nouvelle machine, demande énormément d’efforts. Parfois, j’y pense comme si nous changions le moteur d’un avion sans atterrir. »

Sportivement, l’objectif principal de 2025 était clair : enrayer la spirale négative. Mission accomplie selon Pavesio, qui estime que Yamaha a enfin stoppé la chute observée les saisons précédentes : « Sans aucun doute, la plus grande réussite de cette année est d’avoir stoppé une tendance négative et de l’avoir transformée en quelque chose de positif. » 

Les progrès sont visibles, notamment sur un point clé qui plombait Yamaha en 2024 : la vitesse sur un tour. La M1 a gagné en performance pure, particulièrement en qualifications et en sprint, même si la constance en course longue reste le principal chantier : « Nous cherchions de la vitesse… et sur le tour lancé, nous avons trouvé cette vitesse… Ce qu’il nous manque aujourd’hui, c’est la constance des performances. »

Paradoxalement, le moment fort de la saison reste un abandon. Silverstone, là où Fabio Quartararo semblait intouchable, incarne à la fois la frustration et l’espoir : « Silverstone reste le moment où nous aurions pu voir Fabio dans les conditions idéales… un petit problème technique nous a privés d’une victoire. »

Mais l’essentiel se joue ailleurs, loin des caméras. En coulisses, Yamaha a mené un double programme de développement, poursuivant l’évolution de la M1 tout en préparant l’avenir avec un projet radical : la nouvelle moto à moteur V4 : « Ce plan nous projette vers 2026 et même au-delà… le travail que nous avons réalisé sur le moteur V4 vise clairement une nouvelle étape de compétitivité en 2026. »

Cette nouvelle machine, encore jeune, répond déjà à plusieurs faiblesses historiques de la M1 : motricité, freinage, exploitation du pneu arrière. Les premières versions de course sont attendues dès la fin février en Thaïlande : « Ce que j’attends, c’est un point de départ solide, mais une moto qui continuera de progresser tout au long de la saison. »

Pavesio conclut avec un message fort aux fans, conscient que la patience est mise à rude épreuve : « Soyez certains que nous sommes plus engagés que jamais… Nous allons ramener la marque et notre moto là où elles doivent être. »

Le regard des pilotes : entre frustration, progrès et promesses

Côté pilotes, le bilan est à l’image de Yamaha : contrasté, exigeant, mais porteur d’espoir. Fabio Quartararo, leader naturel du projet, insiste sur le bond en avant réalisé en qualifications.

« L’année dernière, en particulier, nous avons vu à quel point les qualifications étaient difficiles. Cette saison, nous avons énormément progressé sur un tour lancé, qui était clairement l’un de nos plus gros points faibles l’an passé. Je suis satisfait de mes qualifications. Nous avons vu que nous sommes partis dix fois en première ligne, avec cinq pole positions. C’est clairement le point le plus positif de cette saison 2025. Bien sûr, en tant que pilote, tout le monde veut toujours progresser davantage. Mais il est vrai que nous avons franchi un petit cap, notamment dans notre façon de travailler en équipe. Nous avons fait des progrès, nous voulons plus, nous travaillons dessus. Nous avons montré un peu plus de régularité. Le Grand Prix de Silverstone a été à la fois le meilleur et le pire de la saison. En qualifications, je me sentais extrêmement fort, nous avons terminé premiers avec trois dixièmes d’avance sur le deuxième. En course, j’avais environ cinq secondes d’avance, je pilotais de manière fluide, pas facilement bien sûr, mais avec beaucoup de contrôle. Cette saison a été le développement du V4, avec énormément de personnes impliquées. Cela a été une année très compliquée. Comme je l’ai dit, c’est toujours vraiment agréable quand nous avons les fans avec nous et que nous voyons à quel point ils sont investis. Je pense que leur soutien est vraiment positif, surtout lorsque nous devons encore franchir des étapes dans les résultats. Nous allons faire mieux, nous travaillons pour cela. Vous pourrez profiter du spectacle en 2026. Merci beaucoup, et à bientôt ! »

De son côté, Alex Rins livre une analyse plus discrète mais tout aussi révélatrice. L’Espagnol reconnaît les difficultés rencontrées, sans jamais remettre en cause l’engagement collectif.

« Nous avons essayé de donner le maximum à chaque séance, mais il est vrai que parfois nous étions un peu loin. J’ai toujours essayé de donner le meilleur de moi-même. Si je dois mentionner quelques bonnes courses, je citerais celle d’Indonésie. C’était un très bon week-end, très solide, directement qualifié en Q2, en partant je crois en première ou deuxième ligne. C’était vraiment agréable. Honnêtement, c’est incroyable. Tous les efforts fournis par les équipes sont énormes. Je suis très fier d’en faire partie, car on voit sur les visages à quel point tout le monde a travaillé dur ces derniers mois. Cette année en particulier, j’ai ressenti beaucoup de chaleur de la part des fans, notamment lors de nos déplacements à Taipei et lors des événements Yamaha. Ils étaient très proches de nous, on sentait leur soutien à chaque instant. C’est extrêmement positif et cela nous donne de la force pour l’an prochain. Merci beaucoup pour votre soutien pendant cette saison 2025 et pour la suivante. Nous avons besoin de la même énergie et de la même force que vous nous avez données. »

Enfin, Takahiro Sumi, Président de Yamaha Motor Racing, rappelle l’ampleur du défi technique engagé. « Le développement parallèle de ces deux grands projets est sans précédent… Nous commençons à ressentir quelque chose d’intéressant. » Yamaha n’a pas gagné en 2025. Mais parfois, les saisons les plus importantes ne se mesurent pas en trophées, plutôt en fondations posées. À Jakarta, le 21 janvier, la présentation 2026 ne montrera peut-être pas encore une machine victorieuse. Elle dévoilera surtout si Yamaha est enfin prête à redevenir une menace.

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Pour résumer

Dernière en 2025, Yamaha assume une saison de transition marquée par des progrès en vitesse pure et un vaste chantier technique. Entre frustrations, espoirs et développement du V4, le constructeur japonais prépare un tournant majeur pour 2026… et surtout 2027.

Rédacteur

Dylan Ragot

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