Le MotoGP ne compte pas “reproduire” les recettes de la F1

Extrait de cet article : post publié sur Motorsport.com

Depuis l’été 2025, le MotoGP a le même actionnaire principal que la Formule 1, Liberty Media. Le groupe américain a bouclé le rachat de 84% des parts de Dorna Sports, promoteur du championnat depuis de 30 ans.

Comme il l’avait fait pour la F1, Liberty entame ce nouveau chapitre avec une phase d’observation, sans changement majeur pour le moment. L’ancienne équipe dirigeante, restée actionnaire, a vocation à rester en place, avec Carmelo Ezpeleta dans le rôle de directeur général. Son fils Carlos, directeur sportif, a pris une place de plus de plus importante dans la gestion des affaires courantes ces dernières années.

Motorsport.com a pu rencontrer ce dernier pour balayer tous les sujets du moment. Intérêt du public, attentes de Liberty Media après avoir réussi à trouver un nouveau public en F1, négociations commerciales avec les équipes et les investisseurs, place des courses européennes dans les futurs calendriers… Carlos Ezpeleta fait le point sur la santé financière du MotoGP.

Comment faut-il interpréter les 12% de croissance du nombre de passionnés de MotoGP en 2025 ?

Dans l’ensemble, je suis très heureux de la tendance à la hausse, parce que c’est le résultat du travail effectué depuis de nombreuses années. Nous analysons les indicateurs et les données démographiques, et ils confirment que nous allons dans la bonne direction. Nous sommes au début d’une nouvelle ère pour le MotoGP, en nous concentrant beaucoup sur la marque et le championnat eux-mêmes.

Que voyez-vous comme le dernier défi à relever ?

Je n’aime pas parler d’inachevé. La réalité est que nous aimons énormément ce championnat et que nous voulons qu’il soit au sommet. Mais le fait est qu’il est déjà à un niveau très levé. Les équipes et les pilotes doivent être fiers de ce que nous avons bâti. Évidemment, nous sommes ambitieux et nous voulons continuer à croitre, mais les indicateurs que vous recevons sont ceux d’un championnat international majeur, d’un championnat et d’une marque déjà très bien établis. Cela étant dit, il y a un gros potentiel de croissance. Nous sommes concentrés pour renforcer nos actifs, plus que copier d’autres disciplines, et cela se reflète dans le fait que nous avons réussi à intéresser 600 millions de passionnés à travers le monde.

Carlos Ezpeleta, directeur sportif du MotoGP

Carlos Ezpeleta

Photo de: Mirco Lazzari GP / Getty Images

Pensez-vous que l’engouement public actuel pour la F1 fausse les attentes à avoir pour la croissance du MotoGP ?

Absolument. Avant tout, nous sommes deux animaux très différents. Il y a des similarités dans certains aspects des milieux, mais à des échelles différentes. Nous sommes très conscients de notre propre réalité. Nous avons toujours dit qu’il fallait ménager les attentes parce que la F1 est un cas unique. Le degré d’expansion et le taux de pénétration atteint, surtout sur un marché aussi particulier que les États-Unis, n’a été réussi par aucun autre sport. Même le football, avec ses milliers de revenus, n’a pas atteint cette échelle.

Personne n’a été surpris chez Liberty. Depuis le tout début, nous sommes très honnêtes avec eux.

Cette vision est-elle partagée par les dirigeants de Liberty Media ?

Il n’a qu’une seule vision, réellement. En tant qu’employé et dirigeant du MotoGP, je travaille en respectant la vision stratégique des actionnaires de Liberty. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas une forte ambition de croissance – c’est le cas. Mais nous devons définir le bon parcours et les bonnes échéances pour nous conformer à la réalité. La Formule 1 est un cas unique et exceptionnel dans l’histoire du sport, il ne faut pas chercher à reproduire ça. Nous voyons que le MotoGP a plusieurs avantages dans certains domaines, et moins dans d’autres.

Liberty est arrivé il y a plusieurs mois. Ce qu’ils ont découvert était-il conforme à leurs attentes ?

Ils sont mieux placés pour répondre à cette question, mais je pense que personne n’a été surpris chez Liberty. Depuis le tout début, nous sommes très honnêtes avec eux par rapport au championnat que nous dirigeons, sur ce que nous pensions pouvoir faire rapidement et ce qui pourrait prendre plus de temps. Liberty est extrêmement heureux de son acquisition.

Jorge Martin, Aprilia Racing Team

Le MotoGP a enregistré une augmentation de son audience en 2025.

Photo de: Hazrin Yeob Men Shah / Icon Sportswire via Getty Images

Où en sont les négociations avec les équipes concernant l’accord commercial en place à partir de 2027 ?

Nous sommes dans les dernières étapes des négociations. Je suis très optimiste. Je pense que nous sommes sur la même longueur d’onde.

On ne peut pas maintenir le même niveau d’investissement et attendre de meilleurs retours.

Dorna Sports a demandé aux équipes d’investir plus dans la visibilité et le marketing, mais elles répondent que cela n’est pas viable financièrement. Comment pensez-vous y remédier ?

Je ne pense pas que c’est totalement exact. Il y a des équipes indépendantes qui fonctionnent très bien commercialement. Pour les constructeurs, cela dépend de ce que l’on juge pertinent. Pour des marques, comment mesurer la valeur d’une implication en MotoGP, en termes de réputation ? La valeur obtenue en participant à notre championnat est énorme, même astronomique. Il y a toujours le principe du “gagner le dimanche, vendre le lundi”. Ce qui se passe, c’est que les ressources sont principalement tournées sur la compétition. Si on investissait plus pour attirer de nouveaux supporters vers le championnat, cela bénéficierait à tout le monde. On ne peut pas maintenir le même niveau d’investissement et attendre de meilleurs retours.

L’intérêt des investisseurs pour acheter des équipes ou prendre des parts a-t-il diminué ?

L’intérêt reste immense. Et j’utilise ce terme délibérément, nous avons des appels toutes les semaines de la part de nouvelles personnes ou fonds intéressés par un investissement en MotoGP.

Jusqu’à présent, les activités de Dorna Sports étaient réparties entre Madrid et Barcelone. Avez-vous des projets pour des changements ou des délocalisations ?

Rien n’est prévu pour le moment. Nous restons satisfaits de la façon dont les choses fonctionnent aujourd’hui et nous n’envisageons aucune délocalisation à court terme, même si c’est une chose que nous étudions, en particulier pour attirer plus de monde et de talents internationaux dans l’entreprise. Cela pourrait impliquer l’ouverture d’un bureau supplémentaire ailleurs, mais je n’envisage aucun changement majeur à ce niveau actuellement.

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Comment faut-il interpréter le départ de Dan Rossomondo, qui était responsable commercial, seulement deux ans après son entrée en fonction ?

Dans le paddock, tout le monde sait que Dan était très proche de nous et à quel point notre relation avec lui était forte. Malheureusement, il n’a pas pu concilier les exigences de ce rôle avec sa vie de famille, et nous le respectons pleinement. Tous ceux qui travaillent ici et suivent le championnat toute l’année savent à quel point il est exigeant. Dan a réussi de grandes choses en deux ans et demi, il a fait venir de nombreux talents, et nous lui en sommes reconnaissants. Nous restons totalement impliqués dans la direction et la vision qu’il a contribué à mettre en œuvre.

Pedro Acosta, Red Bull KTM Factory Racing, Alex Marquez, Gresini Racing

Pedro Acosta et Álex Márquez.

Photo de: Patricia De Melo Moreira / AFP via Getty Images

Son rôle touchait des domaines très larges, du marketing à la communication. L’idée est-elle de le remplacer par une personne ou de répartir ses responsabilités auprès de plusieurs personnes ?

Nous ne cherchions pas cette situation, mais elle nous offre la possibilité de réévaluer les choses, surtout avec Liberty à bord maintenant. Nous avons la possibilité de définir quelle stratégie commerciale nous voulons suivre, mais nous n’allons pas nous précipiter.

Il y a un intérêt significatif en Asie, au Moyen-Orient et en Amérique du sud, mais cela nous contraindra évidemment à prendre des décisions concernant l’Europe.

Vous avez mentionné des contacts hebdomadaires avec des investisseurs intéressés par des équipes. Qu’en est-il de nouveaux circuits ?

Il y a beaucoup d’intérêt. Pour ce sujet, les contacts ne sont pas hebdomadaires mais mensuels. Il y a un très fort désir de s’associer à la marque MotoGP et nous n’avons tout simplement pas suffisamment de place pour toutes les demandes que nous recevons. Avec 14 courses en Europe et huit en-dehors, on voit clairement où se situe le potentiel d’expansion. Il y a un intérêt significatif en Asie, au Moyen-Orient et en Amérique du sud, mais cela nous contraindra évidemment à prendre des décisions concernant l’Europe.

Votre père, Carmelo, fêtera ses 80 ans en juillet. Le voyez-vous lever le pied à un moment ?

Carmelo se porte bien et continue à s’impliquer énormément, en particulier dans les relations institutionnelles et les accords avec les constructeurs, les gouvernements, les diffuseurs et les gros sponsors. Il a un rôle différent, c’est évident, mais il est très heureux parce qu’il aime ce qu’il fait. Nous essayons tous de le faire un peu ralentir, mais il est incroyablement motivé et très enthousiaste pour ce nouveau chapitre.

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Lire l'article complet - Auteur de l'article : Oriol Puigdemont
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