Extrait de cet article : post publié sur Motorsport.com
Nous vivons à l’ère de l’instantanéité et, si cela comporte certains aspects positifs, d’autres le sont moins. En ce qui concerne les médias, cette période ne laisse plus guère de temps pour la réflexion, pourtant tellement nécessaire afin d’apporter de la perspective à toute analyse.
La croissance incontestable dont Aprilia a fait preuve cette année a conduit de nombreux observateurs à affirmer vaillamment que la domination de Ducati était menacée par la puissance nouvellement acquise du constructeur de Noale. Il est vrai qu’en l’absence répétée de Jorge Martín, qui avait été recruté pour être le leader du groupe, Aprilia a trouvé en Marco Bezzecchi un pilier inattendu mais néanmoins solide, victorieux lors de trois Grands Prix et capable de multiplier les podiums en fin de championnat.
Cependant, une immersion dans les données de la saison amène à penser que la stagnation supposée de Ducati n’est qu’illusoire. Certes, les chiffres bruts de la marque de Borgo Panigale sont moins bons que ceux de l’année dernière. Cela s’explique en partie par le fait que 2024 a été une saison record pour elle, qui a remporté 19 victoires sur 20 possibles, ce qui équivaut à un taux de succès de 95%. S’y étaient ajoutés 53 places sur les podiums sur un total de 60 possibles (soit 88,3%), les pilotes Ducati monopolisant même les trois marches lors de 14 Grands Prix.
Au total, en 2024, Ducati a récolté 722 points sur les 740 en jeu au championnat des constructeurs, qui prend en compte le meilleur résultat par marque à chaque course, ce qui lui permettait donc d’afficher un taux de réussite de 98%. Une performance exceptionnelle et que l’on imagine pratiquement impossible à rééditer.

Marc Márquez a remporté le titre pilotes et Ducati a gagné tous les autres championnats.
Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images
Deux explications principales au léger recul de Ducati
Les résultats obtenus cette année n’atteignent pas ce niveau, pourtant ils n’en sont pas loin : 17 victoires sur 22 ont été décrochées par Ducati (77,3%), qui a connu le succès avec quatre pilotes différents. À cela s’ajoutent 44 podiums sur 66 (66,6%) et sept Grands Prix ayant vu trois Ducati truster le podium. Sur les 814 points possibles au championnat constructeurs, Ducati en a empoché 768, soit 94%.
L’opulence de 2024 s’est donc quelque peu estompée, mais il n’est pas certain que les statistiques de 2025 soient moins convaincantes que celles de l’année précédente, car les circonstances ont aussi été différentes.
Tout d’abord, ces chiffres sont tout de même ceux de la deuxième meilleure saison de l’histoire de la marque en MotoGP. Par ailleurs, plusieurs éléments ont eu un impact indéniable sur ce léger recul. Parmi tous ces facteurs, deux ont joué un rôle décisif : Ducati est passée de huit motos à six, et Marc Márquez, leader incontesté du constructeur, s’est blessé au Grand Prix d’Indonésie et a manqué les quatre dernières manches.
Coïncidence ou non, trois des quatre victoires décrochées cette année par Aprilia l’ont été durant la période pendant laquelle Marc Márquez n’était plus en piste, celles de l’Australie avec Raúl Fernández puis le doublé Portugal-Valence de Marco Bezzecchi. En revanche, jusqu’à Phillip Island, première course à laquelle le #93 n’a pas participé, Ducati avait remporté 16 des 18 épreuves disputées. Les seules exceptions étaient alors Silverstone, où Bezzecchi a gagné après la casse moteur de la Yamaha de Fabio Quartararo, et Le Mans, où la pluie a offert à Johann Zarco et à sa Honda une opportunité exceptionnelle.

Marco Bezzecchi a indéniablement réussi sa première saison avec Aprilia.
Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images
L’autre facteur que nous avons mentionné n’est pas moins important. Car le départ de l’équipe Pramac vers Yamaha a fait perdre à Ducati deux unités de sa Desmosedici sur la grille, soit 25% du potentiel dont disposait la marque en 2024. Et il ne s’agit pas de n’importe quel quart, puisque Pramac était l’équipe championne du monde en 2023 et à la tête en 2024 de trois victoires et 16 podiums, et bien sûr du titre pilotes avec Jorge Martín.
Des progrès pour Aprilia, mais insuffisants
Aprilia a pour sa part vu sa courbe de résultats s’améliorer, c’est vrai. D’une victoire en 2024 (celle de Maverick Viñales à Austin), la marque de Noale est passée à quatre succès, trois pour Bezzecchi et un pour Fernández. Si la victoire texane avait égayé une année 2024 difficile, 2025 a marqué un tournant avec 11 podiums venus récompenser une moto plus complète.
Les 302 points affichés l’an dernier par Aprilia au championnat des constructeurs (41% du total possible) se sont transformés en 418 points de cette année (51,4%), ce qui a hissé les troupes de Massimo Rivola au deuxième rang de ce classement, en plus de la troisième place du championnat pilotes acquise par Bezzecchi.
En prenant en compte le classement des constructeurs, Aprilia a bénéficié d’un gain de 10% en termes de points marqués par rapport à ceux qui étaient en jeu. Il s’agit de la deuxième plus forte augmentation, derrière Honda qui a fait un bond en gagnant 35%.

C’est Honda qui a réalisé les plus gros progrès parmi les cinq constructeurs MotoGP.
Photo de : Honda Racing
Alors, oui, c’est une raison suffisante pour qu’Aprilia puisse se réjouir de son bilan de l’année. Mais penser que cela fait du constructeur de Noale une menace réelle pour Ducati serait sans doute présomptueux, et en tout cas erroné.
Même Marco Bezzecchi n’envisage pas cette hypothèse, du moins pas dans l’immédiat. “Ils sont sans aucun doute les grands favoris”, répondait-il à Valence, interrogé sur la comparaison entre Aprilia et Ducati, “parce qu’ils ont gagné le championnat [pilotes], ils ont deux pilotes qui sont aux deux premières places, ils ont gagné le championnat constructeurs, celui des équipes. Nous, on est toujours au même niveau [derrière eux]. On doit s’investir à fond et essayer de les rattraper.”
“Marc et Álex [Márquez] ont été particulièrement incroyables cette année. Marc a gagné [le titre] avec cinq ou six courses d’avance”, a rappelé le pilote italien. “On essaiera de se battre”, a-t-il promis, néanmoins conscient du chemin restant à parcourir avant de challenger Ducati sur la durée d’une saison. “On verra. Disons que notre objectif est clair : essayer de continuer à progresser pour pouvoir se battre pour de bonnes positions face à eux en course.”
“Dans le sport, chaque année est différente. Évidemment, la fin de la saison a été très bonne. Je dirais que d’Assen jusqu’à la fin, on a réussi à être performants, pour jouer le top 5 à presque toutes les courses, mais au début, on a eu un peu plus de mal. On va donc d’abord essayer de bien commencer. Tous les ingénieurs travaillent super dur, ils essaient de faire en sorte qu’on soit performants plus longtemps, avec constance.”
Massimo Rivola lui-même, malgré ses ambitions clairement affichées, s’est montré prudent lorsqu’il lui a été demandé si Aprilia avait terminé le championnat en tant que référence. “Oui, mais il ne faut pas oublier que Marc n’est pas là”, a-t-il immédiatement rappelé, conscient qu’un risque de recul menace quiconque commettrait l’erreur de se reposer sur ses lauriers compte tenu de la concurrence acharnée qui sévit sur la grille.
“Au final, Marco a été le pilote le plus rapide. Pour moi, Pedro [Acosta] est quelqu’un qui a produit des performances très impressionnantes. Álex a été très régulier, tout le temps là. Ces gars-là ont été ceux qui se seraient battus pour le titre [dans un championnat sans Márquez]. Pour l’année prochaine, Honda a perdu les concessions, ils montrent qu’ils remontent. [Chez Yamaha], Fabio a décroché cinq pole positions. […] C’est un beau championnat, et c’est dur. Si vous n’êtes pas à 100%, vous reculez de deux rangs.”
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| Lire l'article complet - Auteur de l'article : Oriol Puigdemont |
